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3 juin 2015

Energie : la Suisse face à une transition énergétique qui inquiète ses patrons

© François Pargny

Sur le papier, la transition énergétique en Suisse serait presqu'une formalité. Après l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon en 2011, la Suisse a décidé le démantèlement de ses cinq centrales nucléaires existantes - Mühleberg, Beznau I et II, Gösgen et Leibstadt - (et donc l’arrêt de tout projet de construction).  Et pour combler la perte qui en résultera (25 térawatts-heure/TWH), elle a décidé de se concentrer sur les nouvelles énergies renouvelables - solaire, éolien, biomasse- dans le cadre de sa Stratégie énergétique à l’horizon 2050.

A y regarder de plus près, il est clair que seul le solaire apportera une contribution significative. Les déchets des vallées forestières ou l’agro biomasse ne suffiront pas. Et comme la Suisse est enclavée et montagneuse, l’énergie éolienne est également vouée à la portion congrue. Il ne peut, en effet, y avoir d’activité offshore et les autorités helvétiques se heurtent à une forte opposition de l’opinion publique, relayée par les organisations non gouvernementales (ONG). Quant aux énergies fossiles (pétrole, gaz), pour des raisons environnementales, Berne entend limiter au maximum leur utilisation.

Reste donc le solaire. « Le massif montagneux et le sud du pays sont favorables à l’essor du solaire et nous pensons que l’on pourra ajouter 14,5 TWh par an à partir de 2035 avec les nouvelles énergies renouvelables », expliquait, le 27 mai à Berne, le socialiste Roger Nordmann, conseiller national (député) du canton de Vaud, membre de la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie (CEATE), à l’occasion d’un voyage de presse, organisé, du 27 au 29 mai dans le canton de Berne (Berne et Grimsel) et à Lausanne par Présence suisse, service du département fédéral des Affaires étrangères en charge de la promotion de l’image de la Confédération..

L’hydroélectricité a atteint ses limites

En ce qui concerne les nouvelles énergies renouvelables, c’est-à-dire hors hydraulique, la Suisse part de loin. D’après l’Office fédéral de l’énergie (Ofen), en 2014, sur une production nationale d’électricité en hausse de 1,9 % à 69,6 milliards de kWh, la part des énergies renouvelables et du thermique conventionnel a juste atteint 5,7 %, pendant que les centrales hydrauliques ont contribué à hauteur de 56,4 % et les usines nucléaires de 37,9 %. L’Ofen a également indiqué qu’environ 756 mégawatts (MW) d’énergie photovoltaïque étaient installés fin 2013 dans la Confédération, ce qui ne représentait alors que 0,82 % de la production indigène d’électricité.

En toute logique, la Suisse devrait investir dans l’hydraulique. « Sauf, reconnaissait Roger Nordmann, que nous avons déjà des surcapacités de stockage » et que « certains producteurs électriques sont aujourd’hui fragilisés par la baisse des cours de l’électricité en Europe », renchérissait, pour sa part, Dominique Rochat, responsable de projets Infrastructure, énergie & environnement de la Fédération des entreprises Economiesuisse.

Même les producteurs les plus solides ont dû remiser certains projets. C’est le cas des Forces motrices de l’Oberhasli (KWO), détenteur d’un imposant ouvrage hydroélectrique, qui comprend 8 lacs d’accumulation et 9 centrales dans la région du Grimsel et du Susten. Il y a trois à quatre ans, cette filiale du producteur BKW et des opérateurs des cantons de Berne, de Bâle et de Zurich a décidé d’accroître sa puissance de pointe et d’ajouter à son complexe une station de pompage-turbinage. Un investissement qu’elle avait décidé quand les prix de l’électricité étaient favorables. « Or, outre le fait que le pompage-turbinage est une technologie très coûteuse, les prix de l’électricité ont diminué dramatiquement, des compétiteurs européens comme les Allemands ayant fortement développé le photovoltaïque », constatait, avec dépit, Dominique Rochat.

KWO a pu, néanmoins, « suspendre ses investissements dans une deuxième station de pompage-turbinage et dans la centrale de Grimsel 1A », indiquait, le 28 mai, Hans Schlunegger, ingénieur responsable des visites chez KWO, lors d’un déplacement organisé dans un site magnifique des Alpes bernoises aux barrages du Handeck et de Grimsel.
Même si les prix de l’électricité devaient remonter, l’hydraulique ne semble pas devoir être l’avenir, la Suisse ayant épuisé quasi-totalement l’espace disponible. Selon Roger Nordmann, la Suisse n’a pas le choix. Elle ne veut pas devenir « un asile de vieux réacteurs nucléaires » et le solaire et l’hydraulique sont complémentaires quant à leurs meilleures périodes de rendement dans une année.

Au Moci qui lui rapportait l’intérêt affiché pour Areva par le directeur de l’Ofen Walter Steinmann, le député socialiste a répondu que « bien sûr, avec l’arrêt des réacteurs nucléaires, il y aura des appels d’offres auxquels Areva pourra répondre », mais que le producteur d’électricité Alpiq (25 % EDF), par exemple, avait créé sa propre filiale de démantèlement. Ce qui exclut automatiquement Areva.

Le patronat craint une hausse des tarifs électriques

C’est fin mai 2011 que le Conseil fédéral (gouvernement fédéral) a décidé la sortie du nucléaire, soit deux mois et demi après l’accident nucléaire de Fukushima. Moins de deux ans et demi après, en octobre 2013 exactement, le producteur BKW décidait le premier – et il est encore à ce jour le seul à avoir pris le tournant du démantèlement - de mettre la centrale nucléaire de Mühleberg (CNM) hors service en 2019. « Nous avons commencé à attribuer quelques travaux, mais nous exécuterons nous-mêmes le démantèlement de la centrale », a exposé René Scholl, chef de la Gestion des actifs et des déchets, selon lequel « le démantèlement immédiat va permettre de garder les collaborateurs les plus qualifiés, de mieux maîtriser les coûts et de satisfaire l’autorité suisse de surveillance qui estime que le volet des déchets nucléaires ne doit pas être transmis aux générations futures, mais traité dès maintenant ».

La sortie totale de la Suisse du nucléaire doit être effective en 2034. Le patronat suisse est très inquiet pour la compétitivité du secteur privé, car il estime que l’abandon du nucléaire va forcément déboucher sur une hausse des prix de l’électricité. « Le risque est pour nous, a livré au Moci Dominique Rochat, lors d’un déjeuner à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), que des objectifs démesurés soient fixés » dans le projet de loi sur l’énergie à l’heure actuelle en discussion au Parlement. Selon lui, « on parle de subventions très élevées, de l’ordre de 90 cens par litre de fuel et de 26 cens par litre de carburant, certes, en partie redistribuées aux entreprises et aux ménages ». Mais, faisait-il encore remarquer, « la taxe au CO2 à laquelle les entreprises sont soumises est déjà très forte, avec 60 euros par tonne ».

En outre, selon Dominique Rochat, « on va avoir un jour un manque d’électricité produit localement, parce que le renouvelable est une source d’énergie irrégulière. Il faudra donc aller chercher de l’énergie à l’extérieur, alors même qu’en hiver la Suisse est déjà un importateur net, notamment de France, où elle dispose de contrats avantageux d’approvisionnement dans des centrales nucléaires ». Mais contrats, qui, d’après lui, « devraient disparaître, parce que l’Union européenne n’en veut plus ». De façon précise, aujourd’hui, BKW bénéficie de droits de tirage sur les centrales de Cattenom et Fessenheim pour un total de 245 mégawatts, à travers la filiale Centrales Nucléaires en Participation SA (CNP), dont les producteurs BKW, Alpiq et Axpo se partagent un tiers du capital.

Comme Dominique Rochat, Markus Schellenberg, le  responsable de la négociation sur l'énergie et adjoint au comité de direction d’Energie Wasser Bern (EWB), fournisseur de l’énergie de la capitale suisse, pense que la Confédération helvétique devra à terme importer de l’électricité produite par les centrales à charbon d’Allemagne. « Ce qui m’étonne le plus, c’est que le gaz ne soit pas chez nous une source d’énergie prise plus en considération », déclarait-il, le 29 mai à Berne. Propriété de la ville, EWB se définit comme une société « indépendante », avec une activité très rentable, la production d’énergie à partir de l’incinération de déchets. En revanche, de l’aveu même de Markus Schellenberg, les activités générées à partir de copeaux de bois et de gaz « sont déficitaires ».

Selon le responsable d’EWB, « il y aura peut-être un jour où on se dira que le gaz est une source d’énergie essentielle ou alors qu’il faut drastiquement diminuer la consommation d’électricité ». Dans la Stratégie énergétique 2050, l’efficacité énergétique est justement un des volets majeurs avec la recherche. D’après l’Ofen, l’efficacité énergétique doit entraîner une diminution de la consommation d’électricité de 2 % par an. Le bâtiment, qui consomme à lui seul 45 % de toute l’énergie utilisée dans le pays, fait l’objet d’un plan spécifique (Programme bâtiments) et la Stratégie 2050 prévoit ainsi une chute de 43 % de la consommation d’énergie à l’horizon 2035 et de 16 % de celle d’électricité. L’assainissement énergétique des bâtiments constitue un gros marché, compte tenu de l’importance de l’habitat privé (1,8 million d’unités) et collectif, propriété en Suisse de compagnies d’assurance, qui peut intéresser les sociétés françaises. Business France Suisse envisage ainsi d’organiser en 2016 une mission sur l’efficacité énergétique dans le bâtiment avec les membres d’Axelera, le pôle de compétitivité Chimie-environnement Lyon & Rhône-Alpes.

Le cluster CleantechAlps veut nouer des coopérations en Rhône-Alpes

Quant à la recherche, sept centres spécialisés ont été créés : sur l’efficacité énergétique, les réseaux, le stockage, la mobilité, la biomasse, etc. Le programme SCCER-Furies (Swiss Competence Centers for Energy Research-Future Swiss Electrical Infrastructure) vise ainsi à concevoir la prochaine génération d’infrastructure électrique suisse et à soutenir la percée des énergies renouvelables. « L’objectif est de transférer les solutions le plus vite possible, c’est-à-dire dans quatre à six ans, de la recherche à l’industrie en respectant le plan de l’Ofen », a précisé le directeur du programme à l’EPFL, Mario Paolone.

Dans la foulée, plusieurs clusters, réunissant le monde de la recherche et de l’entreprise, ont été constitués dans les sciences de la vie, BioAlps, les technologies de l’information et la communication, AlpICT, les micro et nanotechnologies, Micronarc, et les technologies vertes (cleantech), CleantechAlps. Fondé en 2010, le cluster des cleantech compte 650 membres, dont une vingtaine d’instituts de recherche et le reste de petites et moyennes entreprises (dont 30 % de grosses PME et 10 % de startups), de la Suisse occidentale (partie romande + canton de Berne).

Dans le cadre du 3e Forum de l’innovation franco-suisse sur la transition énergétique, le 10 septembre prochain à Lausanne, le réseau CleantechAlps veut renforcer sa coopération avec la région Rhône-Alpes. « L’objectif est de mettre en place un démonstrateur frontalier », rapportait, le 29 mai à Lausanne, Eric Plan, le secrétaire général du cluster de Suisse occidentale, qui a noué des liens avec les pôles de compétitivité Axelera et Tenerrdis dans l’énergie, dont est membre notamment l’Institut national de l’énergie solaire.

La Suisse isolée sans accord énergétique avec l’Union européenne

Par ailleurs, la Suisse ne peut pas ignorer qu’elle est, de par sa position géographique, une plaque tournante du réseau électrique européen. Or, l'initiative populaire « Contre l'immigration de masse », acceptée par le peuple et les cantons le 9 février 2014, aboutissant à fixer des quotas annuels de migrants selon les besoins de l’économie suisse, a poussé l’Union européenne (UE), au nom du respect de la libre circulation des personnes, à geler l’ensemble de ses accords bilatéraux avec la Suisse. Pour la Confédération, les conséquences ne sont pas négligeables. D’une part, parce qu’au moins 60 % de ses exportations annuelles sont absorbées par les Vingt-Huit.

D’autre part, Bruxelles a stoppé net les discussions d’un accord sur l’électricité, portant notamment sur l’intégration des réseaux, ce qui inquiète le patronat suisse. « Techniquement il n’y a pas de problème. D’où l’importance de la signature de cet accord, car nos producteurs d’hydroélectricité vendent du courant chez nos voisins », a plaidé Dominique Rochat. Dans la pratique, les deux réseaux sont coordonnés, mais pas intégrés. Berne doit encore adapter son cadre juridique aux règles de l’UE en matière de subventions publiques, d’indépendance des autorités de régulation ou encore de règlement des contentieux. Mais le véritable risque pour les Helvètes, c’est que Bruxelles se fatigue et se tourne vers la Norvège pour ses fournitures d’énergie et ses interconnexions. A terme, la Suisse pourrait être confrontée à de sérieuses difficultés d’approvisionnement.

De notre envoyé spécial à Berne, Grimsel et Lausanne
François Pargny

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