La Chambres allemande de commerce et d’industrie (DIHK) vient de publier une enquête sur la pression économique et commerciale exercée par la Chine sur les entreprises allemandes. La concurrence chinoise est durement ressentie Outre-Rhin. Y compris par des sociétés n’ayant aucune activité directe dans l’ex-Empire du Milieu. Explications.
Deux tiers des 1 300 entreprises allemandes interrogées affirment ressentir un accroissement de la pression concurrentielle exercée par leurs rivaux chinois. Dans l’industrie manufacturière, cette part bondit à 83 %. Et la liste de leurs griefs de ces concurrents est longue comme un jour sans fin : les aides gouvernementales distribuées qui gonflent artificiellement la compétitivité, les difficultés d’accès au marché en raison de la politique du « China First », la sous-évaluation du renminbi, la mainmise sur certaines matières premières, le fait que les produits chinois ne sont pas soumis aux mêmes contraintes réglementaires qu’en Allemagne, etc.
Un constat à nuancer cependant puisque l’enquête remonte également que le faible coût de certains biens intermédiaires produits en Chine permet à leurs produits finaux de gagner en compétitivité-prix. Par ailleurs, si 88 % des entreprises allemandes ayant des opérations en Chine font état d’une concurrence croissante, c’est également le cas de 38 % de celles n’y ayant aucune activité.
« La Chine représente plus de 14 % des exportations [mondiales, Ndlr] de biens. En conséquence, explique l’enquête, la pression montante de la compétitivité est aussi ressentie par des entreprises n’ayant pas d’activités directement en Chine : dans l’industrie manufacturière, 53 % ressentent une pression croissante de la part de leurs rivaux chinois. Cette part atteint 52 % dans le secteur de la distribution. »
Appel à plus de fermeté de la part de l’UE
Toujours est-il que pour résister à la concurrence, les entreprises interrogées tablent sur trois stratégies : l’innovation, la réduction des coûts et la conquête de nouveaux marchés. Elles comptent aussi sur une plus grande fermeté de l’Union européenne et à la mise en place de mesures commerciales plus dissuasives. 67 % appellent à une meilleure coordination de la réponse européenne, 60 % à une baisse des dépendances stratégiques , 49 % à la protection des infrastructures critiques et 36 % à des restrictions d’accès au marché.
« Pour les entreprises allemandes, la Chine est à la fois un marché de vente, un marché d’approvisionnement, un site de production, un partenaire et un concurrent, résume Volker Treier, le responsable mondial du commerce extérieur de la DIHK. Chaque avantage concurrentiel chinois n’est pas une distorsion de concurrence, et chaque désavantage concurrentiel allemand ne trouve pas son origine en Chine. »
D’après des statistiques citées par Reuters, le déficit commercial de l’Allemagne avec la Chine a atteint -89,3 milliards d’euros l’an dernier, en hausse de 22 Md EUR.
Sophie Creusillet
