Après deux années de faiblesse, les investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 14 % en 2025 pour atteindre environ 1 600 milliards de dollars (Md USD), selon le dernier Moniteur des tendances de l’investissement mondial publié par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).
Si les deux années précédentes ont été marquées par un ralentissement des IDE, ces derniers sont repartis à la hausse de 14 % en 2025. Dans son rapport, la Cnuced parle d’une amélioration notable à l’échelle globale, mais qui doit toutefois être nuancée : l’essentiel de la hausse observée repose plus sur des flux financiers que sur un redémarrage solide de l’investissement productif.
Plus de 140 milliards de dollars proviennent ainsi de flux transitant par les grands centres financiers mondiaux. Ces mouvements, souvent liés à des restructurations de groupes ou à des montages financiers, gonflent les statistiques sans nécessairement correspondre à de nouveaux projets sur le terrain.
Une fois ces flux de transit écartés, la progression des IDE réellement injectés dans l’économie mondiale ne dépasse pas 5 %, révélant une reprise encore fragile.
Les autres indicateurs confirment aussi ce diagnostic. Par exemple, en 2025, la valeur des fusions et acquisitions transfrontalières a reculé de 10 %. De son côté, le financement international de projets a chuté pour la quatrième année consécutive avec une baisse de 16 % en valeur et de 12 % en nombre d’opérations, revenant à des niveaux proches de ceux observés avant la pandémie de Covid-19.
Même tendance du côté des investissements dits greenfield, qui correspondent à la création de nouveaux sites industriels ou de production, dont les annonces ont reculé de 16 % sur l’année. Si les montants affichés restent élevés, ils s’expliquent par un nombre limité de méga-projets, traduisant une dynamique davantage financière qu’industrielle.
Un rebond concentré dans les économies avancées
Sans surprise, cette reprise bénéficie d’abord aux économies développées.
Les flux d’IDE à destination de ces pays ont bondi de 43 % en 2025 pour atteindre 728 Md USD, portés par l’Europe et plusieurs grandes places financières. L’Union européenne se distingue avec une hausse de 56 %, soutenue par d’importantes opérations de rachats transfrontaliers et un net redressement dans des économies comme l’Allemagne, la France et l’Italie.
Pour les économies en développement, le contraste est nettement marqué. Les flux qui leur sont destinés ont reculé de –2 % à 877 Md USD, représentant toujours 55 % du total mondial mais dans un contexte de ralentissement.
Ce sont les pays à faible revenu qui sont les plus affectés : près des trois quarts des pays les moins avancés enregistrent des investissements stagnants ou en baisse, accentuant les écarts de financement et les difficultés à attirer des capitaux internationaux.
La montée en puissance des secteurs à forte intensité de capital
Au-delà des disparités géographiques, la Cnuced explique que la structure même de l’investissement international évolue.
Les capitaux se concentrent désormais de plus en plus dans quelques secteurs stratégiques nécessitant des montants très élevés. Les centres de données, par exemple, ont représenté plus d’un cinquième de la valeur mondiale des nouveaux projets annoncés en 2025 avec plus de 270 Md USD d’investissements, portés par la demande liée à l’IA (intelligence artificielle) et aux infrastructures numériques. La France figure parmi les principaux pays d’accueil aux côtés des États-Unis et de la Corée du Sud.
À l’inverse, le nombre de projets recule fortement dans des secteurs plus exposés aux tensions commerciales et aux chaînes de valeur mondiales comme le textile, l’électronique ou la machinerie.
Dans ce contexte incertain, la Cnuced anticipe une progression modérée des IDE en 2026. Faute de mesures ciblées pour relancer l’investissement productif, le risque demeure d’une concentration accrue des capitaux, limitant leur contribution au développement et aux opportunités industrielles à long terme.
Kétana Men
Pour consulter le Moniteur des tendances de l’investissement mondial 2025 de la CNUCED, cliquez ici
