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19 mars 2014

Vietnam : la filière textile française veut saisir les opportunités du futur ALE avec l’UE

© F.Pargny

Producteurs traditionnels de textile, le Vietnam et son voisin, le Cambodge, reviennent en force au cœur de l’échiquier mondial. D’abord, parce que « la distribution et l’industrie européenne et américaine se désengagent de Chine pour des raisons de coût au profit de ces deux pays » et, ensuite, parce que « le Vietnam en particulier négocie avec l’Union européenne un accord de libre échange qui pourrait être signé cet automne », expliquait Jean-François Limantour (notre photo), le président de la nouvelle association de droit français Europe-Vietnam Alliance (EVA), lors du lancement officiel d’EVA à Paris, le 14 mars.

En 2012, le Vietnam était déjà le deuxième fournisseur d’habillement aux États-Unis et le 7ème dans l’Union européenne (UE), mais Jean-François Limantour prévoit qu’il dépasse le Maroc et la Tunisie dès cette année. En revanche, cet État asiatique, comme le Cambodge, ne produisant pas de tissus, doit les importer. Dans la perspective de l’ALE UE-Vietnam, le président d’EVA estime qu’il y a de réelles opportunités d’affaires pour des fournisseurs français de textiles techniques et créatifs. En outre, les entreprises françaises doivent considérer que cet État d’Asie du Sud-est devrait dépasser la barre des 100 millions d’habitants vers 2020, figurant alors parmi les quinze nations les plus peuplées du monde.

Le Vietnam importe l’essentiel de ses tissus de Corée, du Japon, de Taïwan et « surtout de Chine », observe Roger Zacaropoulos, secrétaire général d’EVA. Or, précise Jean-François Limantour, les autorités du pays ont lancé une politique volontariste de montée en gamme pour sortir de cette position inconfortable d’éternel sous-traitant », politique, qui, selon lui, doit amener de nouveaux investissements, surtout dans l’optique des ALE en négociation avec plusieurs pays (Corée du Sud) et régions du monde (Russie-Biélorussie-Kazakhstan, UE et Pacifique dans le cadre du partenariat transpacifique).

Déjà plusieurs groupes asiatiques (Texhong et Tal, originaires de Hong Kong, KyungBang de Corée du Sud, Itochu du Japon…) ont perçu l’intérêt de doter le Dragon du Sud-est asiatique d’une industrie textile performante, en investissant non seulement dans la filature, mais aussi le tissage et l’ennoblissement pour jouer à fond la carte du circuit court. Un processus déjà engagé avec l’exportation de pièces légères comme les soutiens-gorge à destination de l’UE.

Faire du lobbying auprès de l’Union européenne

Pour que la filière en France profite pleinement de ces évolutions, EVA, dont le bureau compte trois anciens ambassadeurs, entend exercer un lobbying intense pour que le Vietnam bénéficie, comme le Cambodge, d’un accès libre au marché européen pour tous ses produits, en dehors des armes et munitions. Cet avantage est accordé au Cambodge dans le cadre de l’initiative européenne Tout sauf les armes, à laquelle sont éligibles les pays les moins avancés (PMA). Cette initiative s’inscrit elle-même dans le cadre du schéma pluriannuel de préférences tarifaires généralisées (SPG) que l’UE a mis en place pour aider les nations en développement à s’intégrer dans le commerce mondial.

N’étant pas un PMA, le Vietnam - contrairement au Cambodge – n’est pas éligible à l’initiative Tout sauf les armes. Ainsi, quand les vêtements en provenance de ce pays entrent sur le territoire européen, ils sont soumis à un droit de douane de 12 %. On pourrait penser que cet obstacle sera totalement éliminé quand l’ALE avec l’UE entrera en vigueur. Or, ce ne sera pas totalement le cas. Car si le tarif douanier sera effectivement ramené à zéro, en revanche le Vietnam devra toujours respecter les règles d’origine imposées par l’UE.

En l’occurrence, les tissus utilisés pour les produits finis devront avoir une origine vietnamienne ou européenne, ce qui ne sera pas le cas puisque les tissus proviennent surtout des nations asiatiques. D’où la volonté de l’association EVA de peser pour que l’UE accorde au Vietnam les mêmes avantages qu’au Cambodge.

François Pargny

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