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26 septembre 2013

Vietnam : la France veut doubler sa part de marché en quatre ans

La pluie de contrats qui a accompagné la signature, hier 25 septembre, de l’accord de partenariat stratégique entre la France et le Vietnam est de bon augure pour l’avenir des relations économiques entre les deux pays. Elle marque la réelle volonté de Paris, comme de Hanoï, de donner un socle concret à ce partenariat, et une forte composante économique.

Les contrats d’abord : à peine l’encre séchée sur l’accord signé en grandes pompes à Matignon, Jean-Marc Ayrault, Premier ministre français et son homologue vietnamien, Nguyen Tan Dung, ont d’abord parrainé la signature d’un grosse commande Airbus : 92 appareils de la gamme A320 commandés par la compagnie vietnamienne à bas coûts Vietjet, dont 62 fermes, pour un montant de près de 6,1 milliards USD au prix catalogue.

Dans la foulée, a été signé un protocole d’accord entre GDF Suez et Petro Vietnam Gas pour la construction d’une unité de production de gaz naturel liquéfié et de génération électrique sur le complexe de Son My, au sud du pays. De son côté, Vinci a obtenu un accord lui ouvrant le marché des autoroutes vietnamiennes tandis que BNP Paribas officialisait l’obtention d’une licence pour ouvrir une succursale à Hanoï grâce à la signature d’un accord entre la Banque du Vietnam et l’Autorité de contrôle prudentielle française.

Plusieurs autres grands projets avancent : la rénovation des équipements de l’hôpital de Can Tho (qui vient d’être lancée), le projet ferroviaire de Yen Vien Lao Cai, les transports urbains avec la ligne 3 du métro de Hanoi (Systra a fait les études et en a profité pour participer à l’élaboration du premier corpus de normes en matière de métro du Vietnam, les premiers contrats de génie civil ont été signés, un système de signalisation français a été retenu), la participation au programme de centrale nucléaires avec le réacteur de 3ème génération ATMEA 1 qui pourrait s’appuyer sur une alliance avec le Japon (lire ici) …

Une part de marché d’à peine 1 % et un déficit de 2,1 milliards d’euros

Dans la matinée, Nicole Bricq, ministre du Commerce extérieur, avait rappelé les ambitions économiques et commerciales françaises en présence du Premier ministre vietnamien, devant des hommes d’affaires français et vietnamiens réunis au Medef dans un amphithéâtre comble, pour un forum d’affaires : « doubler d’ici quatre ans notre part de marché ». « Quand j’ai regardé les chiffres de notre relation commerciale, j’ai constaté qu’ils étaient à la fois déséquilibrés et peu satisfaisants avec une part de marché de 1 %, inférieure à la moyenne de celle dont nous disposons avec les pays de l’Asean, et un déséquilibre structurel de notre balance commerciale (2 milliards d’euros en 2012) », a-t-elle résumé.

Le Vietnam, sa position stratégique au sein de l’Asean -désormais une vaste zone de libre échange au cœur de l’Asie du Sud-Est-, ses 90 millions d’habitants et sa forte croissance (5,25 % en 2012, probablement la même chose en 2013, en dépit de turbulences économiques et financières dont le pays est en train de sortir), est considéré comme un pays prioritaire par Paris.

Outre la visite de Nicole Bricq en avril dernier, pour lancer la saison de la France au Vietnam et inaugurer le deuxième forum d’affaires franco-vietnamien organisé sur place (lire ici), ce partenariat stratégique a été aussi préparé par Laurent Fabius, qui a effectué une visite sur place en août. Et Jean-Marc Ayrault, qui avait rencontré son homologue vietnamien en février au Cambodge, à l’occasion des funérailles du prince Sihanouk, s’y est penché personnellement.

Le partenariat stratégique, outre qu’il renforce la coopération dans la défense, renouvelle les engagements réciproque des deux pays pour se soutenir l’un et l’autre dans leur volonté de rapprochement l’un de l’Asean – la France-, l’autre de l’Union européenne –le Vietnam, qui négocie un accord de libre échange avec Bruxelles.

Composé de 26 articles regroupés en 5 chapitres qui rassemblent en un seul texte des accords de coopération déjà conclus, il donne une cohérence nouvelle à ces relations bilatérales. Au plan économique, il engage les deux parties à développer leurs échanges, leur coopération, les investissements dans des secteurs aussi variés que l’aéronautique, les transports, les infrastructures urbaines, le développement durable, l’informatique, la santé, l’agroalimentaire, l’énergie nucléaire.

Paris mise sur le Dialogue de haut niveau instauré depuis avril 2013

L’enjeu est loin d’être négligeable pour les entreprises françaises : la France est le deuxième pays pourvoyeur d’investissements directs au Vietnam (3 milliards d’USD de stocks en 2013), avec quelque 215 entreprises investies sur place qui emploient 35000 personnes. Quelque 380 projets d’investissements dans des secteurs divers sont en cours, selon des chiffres du Medef.

Ce partenariat devrait faire l’objet d’un réel suivi, notamment pour les entreprises qui peinent à voir leur projet aboutir : côté français, on mise beaucoup, notamment sur le « dialogue de haut niveau » mis en place lors de la visite de Nicole Bricq. « Cette instance, qui se réunira annuellement, fera le point sur ce qui avance et sur ce qui bloque. Notre culture, c’est celle du résultat. » a-t-elle lancée au Medef, devant le Premier ministre vietnamien et Vu Huy Hoang, ministre du Commerce et de l’industrie, saluant au passage les projets qui avait pu être débloqués grâce à cette instance, à l’instar de la licence BNP Paribas, l’avancée du projet ferroviaire ou le lancement du projet de rénovation de l’hôpital Can Tho. « Comptez sur moi (...) pour veiller sur le respect des engagements pris et la prise d’initiatives nouvelles ».

Restera à donner corps aussi à la volonté française de voir d’avantage de PME et PMI s’intéresser à ce pays : le premier forum franco-vietnamien d’avril – qui a permis à une centaine de PME françaises de rencontrer quelque 500 entreprises vietnamiennes- a ouvert une voie qu’il reste à consolider.

Enfin, the last but not the least, la coopération financière –concrètement les financements et garanties publics que pourra apporter la France pour financer les grands projets vietnamiens- devra être maintenue. Au Vietnam, cela a été clairement souligné par le Premier ministre lui-même au Medef, la plupart des grands projets publics sont financés grâce aux apports des bailleurs de fonds, qu’ils soient multilatéraux ou bilatéraux. La France est déjà le deuxième pourvoyeur de fonds bilatéral au Vietnam (via l’Agence française de développement et la Réserve pays émergent).

Nicole Bricq a assuré qu’elle « a vocation à rester parmi les premiers ». Avec un petit avertissement lancé aux entreprises françaises : « Les projets qui bénéficient de cet appui doivent être mis en oeuvre dans le respect des délais et des cahiers des charges afin d’éviter les surcoûts et les complications administratives susceptibles de les bloquer ». La ministre a aussi indiqué qu’il faudrait diversifier les domaines soutenus par la RPE, citant la santé, l’agroalimentaire, les TIC ou encore les énergies renouvelables.


Christine Gilguy

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