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22 mars 2013

Risque pays : la Russie, l’Argentine et l’Inde sont les plus protectionnistes (Coface)

La croissance économique est « robuste » dans les pays émergents, ont expliqué, le 20 mars, deux responsables de Coface (notre photo), Yves Zlotowski, chef économiste, et Julien Marcilly, en charge du risque pays chez l’assureur crédit français, lors d’une conférence de presse sur « les transformations du risque pays émergent ». « Nous anticipons même une hausse de cette croissance cette année », a indiqué Julien Marcilly, pointant notamment la Chine (où la croissance passerait de 7,8 % en 2012 à 8,5 %), l’Inde (6 % au lieu de 4,1 % l’an dernier) et le Brésil (+ 3 % contre 0,9 %). 

L’Asie émergente (7 % prévus en 2013 au lieu de 6,2 % l’an passé) en particulier demeure le moteur de l’activité mondiale. Pour autant, les nations émergentes « se transforment ». Et, dans leur évolution, apparaîtraient des faiblesses. Les experts de Coface y identifient ainsi trois types de risque : le premier à court terme, qui est « un protectionnisme rampant » ; le deuxième à moyen terme (3 ans), qui est « le crédit bancaire excessif » ; et le troisième à long terme, qui est une instabilité politique et sociale qui, parfois, augmente. 

« De fait, les économies sont plus protégées depuis la crise de 2008. Il y a un recours croissant aux contrôles des capitaux et au protectionnisme commercial, ce qui peut être un problème pour les pays exportateurs et se traduire par un allongement des délais de paiement », expose Julien Marcilly. A cet égard, « la Russie, l’Argentine et, dans une moindre mesure, l’Inde sont de loin les plus protectionnistes, alors que le Mexique, l’Afrique du Sud et la Turquie restent relativement ouverts au commerce international », d’après Coface.

Le Brésil est relativement bien classé


Parmi les mesures de protection prises, peuvent être cités l’accès privilégié des entreprises locales aux marchés publics en Inde, les quotas d’importation en Argentine et en Russie, des taxes à l’importation en Argentine. « Ce que nous savons, constate Julien Marcilly, c’est que dans les années 30 des décisions de protection temporaire sont finalement devenues pérennes ».

Or, d’après les estimations du fournisseur indépendant de données Global Trade Alert (GTA), seules 21 % des mesures appliquées par les 20 premières puissances mondiales (G20) depuis 2008 auraient été supprimées. Résultat : 10 % des importations du G20 seraient touchées. Cependant, pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce chiffre est moindre, de l’ordre de 4 %  Au demeurant, l'OMC estime que les effets sur le commerce sont limités. Elle prévoit ainsi, avec + 4,5 %, une croissance des échanges mondiaux supérieure à celle de 2012 (2,5 %).

« Pour les Russes, le protectionnisme est justifié par le fait que leur industrie est, certes, importante, mais aussi fragile », délivrent les experts de Coface. Pour autant, leur pays a un besoin considérable d’infrastructures et de technologie en provenance de l’Occident. En l’occurrence, Moscou devra rapidement trouver des solutions pour exploiter des zones pétrolières plus difficiles d’accès, qui requièrent des technologies avancées.

Dans le panorama des pays émergents protectionnistes dressé par Coface, le Brésil ne figure pas en tête de tableau, mais en milieu, derrière l’Indonésie et juste devant la Turquie. Répondant au Moci, qui s’étonnait de classement relativement favorable, le responsable du risque pays a indiqué que le géant d’Amérique latine avait compensé certaines restrictions par d’autres mesures plus favorables au commerce. Brasilia a, par exemple, augmenté de 30 % une taxe sur les ventes de véhicules au contenu local inférieur à 65 % pour tenter de juguler l’afflux de voitures importées. Le gouvernement a également accordé des exonérations fiscales aux industries les plus concurrencées par les importations, comme le textile.


Indonésie et Turquie, « deux pays intéressants »


Selon Yves Zlotowski, l’Indonésie et la Turquie sont « deux pays intéressants ». « L’Indonésie, qui revient de très loin, rappelle-t-il, possède aujourd’hui un régime de croissance solide. Son alternance politique s’est plutôt bien passée et, si la corruption y est endémique, la mise en place d’une commission pour la combattre a déjà frappé de grands coups ».

Quant à la Turquie, « qui a subi une crise majeure en 2001, se souvient le chef économiste de Coface, elle a réussi son alternance politique, puis réalisé de gros efforts institutionnels, même si sa politique de crédit est trop dynamique. Enfin, malgré les problèmes de l’économie européenne, elle a réussi un atterrissage en douceur de sa propre économie ». Dans les années futures, le défi de la Turquie est de renouveler l’alternance politique. Or, le parti au pouvoir AKP – comme l’ANC en Afrique du Sud aux affaires depuis l’accession de la communauté noire aux affaires – n’a pas d’opposition politique crédible.

Risque politique en Afrique, Russie… de crédit bancaire en Asie


Un risque politique et social existe donc. « En Afrique du Sud, il y a eu de fortes manifestations dans les mines. En Inde, c’est contre la corruption et la violence faite aux femmes que la population se révolte », remarque Yves Zlotowski. Et de noter encore des « phénomènes d’imitation », comme en Russie, « où les manifestants se sont inspirés de ce qui s’était passé dans les Etats du printemps arabe ».

Selon le chef économiste de Coface, « les régimes ne sont pas aussi stables et les sociétés civiles ne sont pas aussi passives que l’on croyait ». Outre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, les pressions aux changements sont notables en Russie, mais aussi au Kazakhstan, au Venezuela, en Chine et au Nigeria.

La Chine présente aussi un risque de bulle de crédit. Mais en fait c’est l’ensemble de l’Asie émergente qui est concerné, plus particulièrement la Malaisie et la Thaïlande, mentionne Coface. Même si le risque n’est pas immédiat, mais à moyen terme, il faut surveiller, insistent Yves Zlotowski et Julien Marcilly. D’après le Fonds monétaire international (FMI), un épisode de bulle financière sur trois aboutit à une crise.

François Pargny



Pour en savoir plus

Consulter le fichier joint : communiqué de presse de Coface

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