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19 avril 2011

Roumanie : entreprises françaises échaudées

Après Vinci en avril 2010 et GDF Suez en janvier dernier, c’est au tour de Colas, filiale de Bouygues, de se retirer d’un projet en Roumanie. Plus exactement, les autorités du pays ont annoncé l’annulation d’un contrat de 151 millions d’euros octroyé au constructeur français.

Colas a été chargé en 2009 de la réalisation d’une portion de 20 kilomètres d’une autoroute qui en comptera 203 et qui devrait relier la capitale Bucarest au port de Constantza dès 2012. Coup de tonnerre dimanche 10 avril : la Roumanie annonce l’annulation pure et simple du contrat. Le motif ? La ministre des Transports Anca Boagiu a expliqué au cours d’une conférence de presse que Colas n’avait pas tenu les délais pour la construction des 14 premiers kilomètres de cette portion située entre Cernavoda et Medgidia. De plus, a précisé la ministre, Colas a réclamé 16 millions d’euros supplémentaires ainsi qu’un délai de 24 mois. Résultat : fin du contrat.

Du côté de l’entreprise française éconduite, on invoque un chantier bloqué par la découverte en 2009 d’un site archéologique découvert sur le tracé de l’autoroute et le manque de réaction des autorités roumaines. Bref, un dialogue de sourd s’est installé entre Colas et le gouvernement roumain. Et l’entreprise française a jeté l’éponge : elle annoncé se retirer du pays, laissant sur le carreau plusieurs milliers de salariés.

Les mésaventures de Colas viennent allonger la liste des entreprises françaises échaudées par leur aventure en Roumanie. En janvier dernier, le manque de lisibilité du marché de l’énergie a conduit trois groupes étrangers, dont le français GDF Suez, à se retirer de la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaires à la centrale nucléaire de Cernavoda. En avril 2010, le consortium formé par Vinci et Aktor abandonnait le projet de construction d’une autoroute estimé à plus d’un milliard d’euros.

Nombre d’observateurs estiment que Bucarest fait payer à la France sa position sur l’entrée de la Roumaine dans l’espace Schengen, prévue, avec celle de la Bulgarie, en mars de cette année. En décembre, Berlin et Paris ont envoyé à la Commission européenne une lettre commune en demandant le report, invoquant des lacunes en matière de lutte contre la corruption et la criminalité organisée.

« Tout le monde ici sait que l’annulation de ce contrat ne procède pas d’un sentiment anti-français », rétorque Marc-Pascal Huot du cabinet franco-roumain Am conseil. Installé depuis 20 ans en Roumanie, il est le relais pour la Roumanie et la Bulgarie de Bretagne International et de la Fédération des industries mécaniques française et belge. Selon M. Huot, c’est plutôt la surenchère de la corruption de la part de l’Etat roumain qui a poussé Colas à partir : « Dans ce genre de contrats octroyés sur appels d’offres publics les entreprises ont affaire directement à l’Etat et doivent payer des bakchichs. Il y a en Roumanie une incapacité des autorités à gérer les infrastructures. Par exemple, 60 hôpitaux sont en train d’être fermés alors qu’ils avaient reçus des fonds européens ».

Cette série d’annulations de projets n’a pas empêché le ministre des Affaires étrangères Roumain Teodor Baconshi de déclarer récemment que la Roumanie souhaitait attirer plus d’investissements français. La France est le quatrième partenaire commercial de ce pays volontiers francophone, avec des implantations de longue date, comme celles de Renault, Orange et Carrefour.

Sophie Creusillet

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