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Pays & marchés

Thierry Apoteker est directeur général du cabinet de recherche et d'analyse économique indépendant Thierry Apoteker Consultants
(Tac). Pour Le Moci, il fait le point sur les turbulences monétaires qui affectent depuis quelques semaines trois grands pays émergents : le Brésil, l'Inde et la Turquie.

« Les investisseurs financiers ont toujours un comportement
moutonnier »

Le Moci. La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé de limiter sa
politique de création monétaire pour soutenir l’économie. Est-ce une véritable
menace pour les grands émergents, comme l’Inde, le Brésil et la Turquie ?


Thierry Apoteker. Tout d’abord, il faut dire que les investisseurs
financiers ont toujours un comportement moutonnier. Tous les observateurs
économiques savaient, parce que la Fed l’avait annoncé bien à l’avance, que,
dès que l’emploi repartirait et que la croissance serait correcte, les mesures
exceptionnelles d’appui à l’économie seraient réduites. Mais tout le monde a
fait comme si les taux obligataires allaient rester faibles, ce qui justifiait
d’aller placer ses fonds ailleurs, c’est-à-dire dans les États émergents. Bref,
on n’a pas fait ce que la Fed avait dit de faire, on a attendu qu’elle fasse ce
qu’elle avait annoncé, ce qui explique aujourd’hui les réactions violentes des
investisseurs qui retirent leurs fonds des pays émergents, y compris avec des
pertes.

Ensuite, ce phénomène va se
répéter, car les taux d’intérêt des obligations sont montés dans les pays
développés, ce qui rend logiquement les économies émergentes moins attractives.
Aux États-Unis, les taux obligataires à dix ans sont ainsi passés de 1,6 % à
2,5 % et aujourd’hui 2,9 % - et en
2014-2015, nos outils suggèrent qu’ils montent vers 4 % - ce qui explique que
l’Inde, le Brésil et la Turquie se retrouvent dans une situation plus
difficile : ils étaient tous les trois affectés d’une combinaison
défavorable entre un taux de change surévalué et un déficit courant élevé, qui
requiert des entrées de capitaux externes pour le financer.

"L’Inde est lourdement
sanctionnée, mais nous sommes persuadés qu’après les élections de 2014, ce
géant redeviendra attractif"

Le Moci. Si leur situation est insoutenable, est-ce que ces trois pays
se trouvent pour autant avec le même niveau de difficulté ?


T. A. Non. L’Inde disposant de réserves abondantes de change – 257
milliards de dollars fin juillet – et d’une croissance potentielle d’environ
6,5 % par an, la dépréciation de sa monnaie, la roupie, va réduire le déficit
des comptes extérieurs. De notre point de vue, l’Inde est lourdement
sanctionnée, mais nous sommes persuadés qu’après les élections de 2014, ce
géant redeviendra attractif. Nous sommes un peu moins optimistes concernant le Brésil,
même si les réserves de change sont encore supérieures – de l’ordre de 365
milliards de dollars – et la Banque centrale a décidé de mobiliser 55 milliards
d’ici à la fin d’année pour soutenir la monnaie, le réal.

En fait, cet autre
géant est confronté à des difficultés structurelles considérables, en matière
d’infrastructures, de coût du crédit, de gouvernance. L’investissement y est
faible, représentant moins de 20 % du produit intérieur brut, alors qu’il monte
à plus de 30 % en Inde. C’est un modèle économique devenu plus « rentier »
du fait de la hausse passée des prix des matières premières qu’il exporte, et
donc ce pays est plus fragile.

Enfin, la Turquie. Ses réserves de change sont bien
moindres : 104 milliards de dollars à fin juillet. La Banque centrale a
relevé les taux d’intérêt, mais les défenses de la Turquie sont plus faibles et
son taux d’investissement est aussi bas qu’au Brésil. En revanche, la très
forte réactivité de ses entreprises est un véritable atout pour ce pays.


"N’oublions pas que ces trois nations sont
dirigées par des gouvernements légitimes, démocratiquement élus et disposant
d’un soutien populaire très large"

Le Moci. Est-ce que les mouvements sociaux qu’ont connus ces trois pays
cette année influent réellement sur la situation actuelle ?


T. A. Oui, parce la confiance des opérateurs économiques domestiques
et internationaux est affectée et qu’ils s’interrogent sur la politique
économique de ces trois pays. Mais n’oublions pas que ces trois nations sont
dirigées par des gouvernements légitimes, démocratiquement élus et disposant
d’un soutien populaire très large. A quatorze mois des élections
présidentielles au Brésil, le successeur de Lula, Dilma Rousseff, dispose ainsi
d’une côte de popularité de 30 à 40 %. En Turquie, le parti au pouvoir, l’AKP,
obtiendrait sans doute la majorité, si des élections s’y tenaient.

Alors l’Inde est de ce point de
vue certainement le plus compliqué, car il est si vaste géographiquement et
c’est un perpétuel bouillonnement, religieux, politique, avec de nombreuses
fractures, de fortes tensions, avec en permanence des gouvernements de
coalition, ce qui ne facilite par la mise en place d’une politique pour relever
les défis économiques et donc la visibilité et la lecture pour les opérateurs
locaux et étrangers.

Au Brésil, il n’y a pas de contestation du modèle
économique, mais, comme l’ont montré les manifestations de rue, une exigence de
lutte contre la
corruption. Autant dire que la mise en place d’une politique
adaptée, dans un contexte de ralentissement économique et de tensions
monétaires, est un peu compliquée. Soit le pouvoir décide de faire le grand
ménage, soit il risque d’être confronté à une opposition répétée dans la rue.

Enfin, s’agissant de la Turquie,
nous assistons à une dérive autoritaire du régime, avec un parti disposant de
la majorité absolue au pouvoir, avec le même Premier ministre, Recep Tayyip
Erdogan, depuis onze ans. Il y a une véritable personnalisation du pouvoir dans
un pays qui, de surcroît, intervient dans un contexte régional sensible. Sur le
plan économique, notre crainte est que l’on se retrouve dans une situation
d’opposition croissante entre le pouvoir et les grandes entreprises. Il faut se
rappeler qu’historiquement l’AKP est le soutien traditionnel des PME et qu’à
l’arrivée aux affaires de ce parti les grandes entreprises appuyaient le régime
précédent.


Propos recueillis

par François Pargny

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