Thierry Blandinière est le directeur général du groupe Invivo, un mastodonte de l’industrie agroalimentaire tricolore issu d’une union de coopératives agricoles, société à mission depuis 2020, pesant aujourd’hui 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 15 000 collaborateurs. Ayant changé de dimension après le rachat du groupe Soufflet, en 2021, il est aujourd’hui présent dans l’agriculture, le négoce -en particulier de grains-, la malterie et la meunerie, le vin et la distribution. Croisé lors de la dernière Université d’été de l’internationalisation des entreprises, où il intervenait dans une table ronde consacrée à la performance internationale, il partage, dans cet entretien exclusif au Moci tourné le 2 juillet, les moteurs de la transformation de ce groupe dont l’ambition est d’aller « du champ à l’assiette » et d’être au top 5 mondial de ses spécialités céréalières pour résister face aux géants mondiaux de l’agroalimentaire venus notamment d’Amérique du Nord et de Chine.
Nous proposons ci-après une transcription des premières minutes de cet entretien suivi du lien vers la vidéo complète.
Le Moci. Que représente l’international chez InVivo, est-ce une quête de puissance ?

Thierry Blandinière. L’international représente beaucoup puisque c’est notre ADN. A la base, nous étions une union coopérative qui assurait le service de vendre le grain à l’international, un bureau de trading de céréales. Donc l’ADN, il vient de très loin : exporter le blé français dans le monde entier, c’était la mission d’InVivo à son début.
C’est toujours sa mission aujourd’hui, mais depuis, nous nous sommes diversifié et nous avons investi dans les pays sur le plan industriel : nous transformons le grain, soit avec des moulins pour aller vers la boulangerie, soit c’est de l’orge, par exemple de l’orge brassicole, pour aller dans les malteries. Et nous sommes présents dans le monde entier, dans tous les grands pays, matures et émergents, nous sommes le premier malteur mondial et nous sommes le premier meunier français. Nous exportons beaucoup vers l’Afrique et nous exportons beaucoup de céréales, notamment sur l’Afrique ou sur l’Asie et le Moyen-Orient. Notre ADN est donc très international, historiquement, et nous continuons à cultiver cet intérêt international.
Et vous avez un deuxième axe, c’est intégrer le plus possible les filières, du champ à la baguette, du champ à l’assiette. Car notre vision, c’est de créer un grand groupe international faisant partie des top 5 mondiaux, parce qu’en Europe et en France, nous n’avons pas de grand groupe international sur la filière céréales. Donc, notre idée, c’est de dire que nous sommes des traders de céréales mais aussi des transformateurs, et donc nous voulons aller du champ à l’assiette, de la graine de blé à la baguette de pain, parce que c’est vraiment le savoir-faire français aussi […].
La baguette, c’est le symbole de la France à l’international. Mais c’était aussi presque une question de survie à long terme, face aux géants céréaliers, notamment anglo-saxons, c’était une manière de nous défendre… C’est vraiment une mission, parce qu’en fait, en Europe, vous n’avez pas de grands groupes à l’échelle comme les grands groupes américains, que vous connaissez, ou chinois, qui font plus de 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Nous on fait 12 milliards, nous sommes petits dans un premier temps, parce que nous ne sommes pas vraiment présents dans le soja ou dans le maïs à l’échelle internationale. Mais pas si petit que ça au regard de la filière blé, nous sommes numéro 1 chez nous. Quand on est numéro 1 chez nous, on a envie d’être numéro 1 aussi à l’extérieur, c’est pour ça que nous investissons beaucoup dans les pays où nous avons l’opportunité de pouvoir capter de la valeur ajoutée, même dans les pays matures aujourd’hui, face à ces géants de l’agriculture […]
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