A l´initiative de la Banque africaine de développement, de l´OCDE, et de la Commission économique des Nations Unies pour l´Afrique, s´est tenu, le 11 juin, à Paris, le 10ème Forum économique international sur l´Afrique. Parmi les thèmes abordés, une inquiétude a été partagée par tous les intervenants africains : que la crise financière européenne affecte l´aide au développement.
Prenant le contre-pied de tout ce qui se dit en Europe sur l´agressivité chinoise en Afrique, Charles Koffi Diby, ministre des Finances de Côte d´Ivoire, a indiqué que les Chinois aident à la construction de grands équipements mais ne sont pas des contributeurs financiers au développement. C´est bel et bien l´Europe qui arrive en tête dans ce domaine.
D´où l´inquiétude unanimement exprimée sur les plans de restriction budgétaire que presque tous les pays européens sont en train de se mettre en place et leur impact sur le niveau de l´aide au développement des pays africains. A cet égard, le cas marocain est emblématique.
Malgré un bon taux de croissance, le Royaume a déjà chiffré les effets de la récente crise financière mondiale. Conclusion, selon Nizar Baraka, ministre délégué chargé des affaires économiques et générales: « Une baisse du PNB, une diminution de 30 % des investissements directs étrangers, et un recul des transferts financiers de la diaspora marocaine». Or, selon lui, pourrait s´y ajouter cette nouvelle menace.
Pour le moment, Nizar Baraka, a chiffré le soutien financier européen : « Grâce à l´accord d´association avec l´Union européenne, l´aide financière européenne est de l´ordre de 240 millions d´euros par an en faveur du Maroc». Sachant que, selon Stefano Manservisi, directeur général du développement et des relations avec les pays ACP à la Commission européenne, le principe est que cette aide « doit compléter mais ne pas financer complètement ». Reste quand même que, d´une façon générale, l´Union européenne financerait 15 % du budget des pays africains, à condition que ceux-ci mettent en place des réformes utiles. Ainsi, pendant ce 10ème Forum, l´OCDE et les instances européennes ont beaucoup insisté sur la mise en place d´une véritable fiscalité dans les pays africains.
Il semblerait pourtant que ceux-ci ont d´autres priorités : diversification, industrialisation et formation. Lamido Sanusi, gouverneur de la Banque centrale du Nigéria, a mis les pieds dans le plat : « Comment voulez-vous instaurer une imposition quand 70 % des Nigérians vivent avec moins de 1 dollar par jour, qu´il n´y a pas de classe moyenne, que l´épargne n´est pas suffisante pour investir localement, que les importateurs nigérians ont une influence politique suffisante pour empêcher le développement de productions locales, ou que 50 % à 60 % de la production agricole est perdue faute de moyen de conservation et d´acheminement ? ». Conclusion de Nizar Baraka : «la nouvelle crise budgétaire en Europe va impacter les pays africains, surtout ceux de la frange nord, au moins de deux façons : un apport en capitaux moindre et des marchés européens pour nos produits qui pourraient diminuer».
Jean-François Tournoud