Polémique ou canular : et si l’Inde permettait d’embaucher à 160 euros par mois ?
Ecrit par ldupin
Mondialisation, quand tu nous tiens. D’après l’AFP, citant plusieurs quotidiens (le JDD en tête), une offre d’emploi relayée par l’ANPE a créé la polémique fin de semaine dernière. Elle visait à embaucher un « informaticien niveau Bac+2 spécialisé dans la conception de sites web », mais pour un salaire local de « 10.000 à 20.000 roupies pour 40h00 hebdomadaires ». Soit une rémunération de… 160 à 320 euros par mois, ou 1920 à 3840 euros par an! En fait, sur le site de l’ANPE (nous avons vérifié), la société a passé deux annonces distinctes : l’une pour un poste de « développeur Java » (développeur de site web), et l’autre pour un poste de « chinese SEO » : soit un responsable de « Search Engine Optimization » (optimisation du référencement) chinois. Les deux profils ont la même proposition de salaire. Voyez la symbolique : non seulement l’Inde attire les capitaux, rachète à tour de bras nos entreprises, concurrence nos industries… mais en plus elle casse les prix du marché de l’emploi outrageusement!
Les chiffres semblent gros, mais ils correspondent à une certaine réalité de l’embauche locale d’indiens en Inde, pour ces métiers et fonctions. S’agit-il d’un canular, d’une mauvaise blague ? Il n’est pas clair que l’on cherche ici à embaucher des Français expatriés pour l’Inde, des Indiens résidant en France, ou des français déjà en Inde… ? Pas clair non plus l’annonce étant signée d’une entreprise de “plus de 5000 salariés“, alors que la dépêche AFP, reprenant le JDD, dit que « l’offre payée en roupies émane d’une agence web fondée en 1997 en Charente-Maritime à Jonzac, développant des services internet, et délocalisée à Pondichéry depuis 2007 sous le nom de Hangar 17 ICT ». En prime, l’agence se glisse dans le costume du méchant absolu, entendant casser les prix du développement web : « La globalisation du marché m’a amené à ce nouveau positionnement stratégique », justifie crânement son patron. Ce serait en quelque sorte le degré ultime de l’externalisation et de l’off shore : exporter les travailleurs occidentaux bien formés en zones de travail au coût à ras du plancher. Mais rien n’est sûr dans cette affaire. Rebondissement en soirée : le site spécialisé 01Net.com contredie la thèse de Hangar 17, et parle d’”une société de services informatiques indienne, créée par un Français“. Laquelle? Mystère.
Prudence enfin, quand on note que depuis ce lundi matin, le site principal de l’agence est rideau, pour « maintenance en cours ».
Alors, TPE maligne ou grand groupe cynique ? Vrai recruteur ou petit malin voulant rebondir sur l’actualité internationale (les pays émergents, l’off shore…) pour se faire de la publicité ? L’AFP de rappeler quand même que cette « bévue » tombe presque à point nommé, « à deux jours d’une première grande réunion tripartite sur l’avenir de l’assurance chômage, avec les syndicats, le patronat et la ministre de l’Economie et de l’Emploi Christine Lagarde ». Un rapprochement bizarre en effet.
L’affaire a au moins un mérite. Elle libère les langues et relance le débat sur la délocalisation du travail, l’embauche à tarif local, etc. Qui n’est pas nouveau. On l’a oublié, mais en 2005 des affaires similaires avaient éclaté, dans l’industrie, par exemple chez Thedis, dans le Doubs, qui devait délocaliser ses salariés en Hongrie pour 300 euros par mois, ou Sem Suhner en Alsace qui voulait le faire en Roumanie pour 110 euros mensuel… Débat aussi sur les questions d’off shorisation : l’Inde n’est pas ce havre de développement informatique à bas coût, aisé à utiliser. Tous les grands groupes qui ont tenté l’aventure vous le diront. La concurrence aussi le dit, comme nous l’avions noté dans notre article sur l’informatique délocalisée en Tunisie (cf : Le Moci n°1812 du 21 février 2008, et la note de blog). Tout le monde a son avis sur la question, s’enflamme : le site Cadremploi.fr, par la plume de Sylvia Di Pasquale, évoque la possibilité qu’il ne s’agisse que… d’un stage. Mais rien ne le confirme. Ni ne dit si cette entreprise a trouvé candidat, ni pourquoi elle ne recrute pas directement en Inde?
Que dit l’ANPE elle, au final ? Elle bafouille des arguments basés principalement sur son réflexe (lié à son code ADN) de ne pas refuser d’offre en tant qu’organisme public. La belle affaire. On atteint cela dit un plancher sur cette offre. Car actuellement, sur le site de l’ANPE, on embauche aussi des informaticiens web en Asie (en Chine)… mais cette fois à 30 000 euros annuels. Pas de réaction officielle aussi, pour l’heure, des représentants de la corporation comme le Syntec Informatique ni l’Afdel… LeMoci.com les contacte dans la foulée.
[VOTRE AVIS : ] Vous avez été confronté, dans l’informatique ou d’autres secteurs technologiques, à des propositions d’embauche « extrêmes » de ce type, à l’étranger? Vous avez signé un contrat à l’expatriation sous des conditions absurdes et/ou similaires? Merci d’en témoigner dans les commentaires de cette note. Le Moci suivra ce dossier.
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personellement, je me delecte d’entendre cela, car au-delà des réalités sur les nouveaux pays emergents et la question de la delocalisation que cela évoque, c’est une réelle remise en question du modèle colonial, de ses repercussions sur la sociétés occidentales post-modernes et donc, en somme, sur les véritables fondements de la prospérité et acquis sociaux de l’occident que cela remet en question.
Je m’étonne qu’on s’étonne des délocalisations: ne sommes-nous pas ceux qui, dans le monde, ont introduit cette nouvelle religion nommée mondialisation? A la base, c’était censée être une simple continuation de la colonisation des peuples du monde et une manière plus discrète, dite démocratique, pour pouvoir continuer à les exploiter, pillant et important toutes leurs richesses pour en faire les gloires et odes à la properité au sein de nos métropoles. Une bonne partie du secondaire et la quasi-totalité du tertiaire étaient garanties sur nos terres, qu’on a coutume d’appeler monde libre, démocraties…et comment!, mais surtout qui paie? Aujourd’hui que la majeur partie du secondaire se barre ailleurs, à savoir dans des zones-dollar, où instalation et main-d’oeuvre sont rentables, et ce pour des raisons évidentes de logique économique, on s’étonne de cette disgrace! Mais qu’a donc fait l’Europe pour mériter une telle infamie?
Je vous le dis, bientot (et c’est déjà le cas pour certains), même le tertiaire ira se reposer sous de plus beaux cieux, et là il sera indispensable de se poser la question de notre utilité dans le monde, car il est normal que ce travail leur reviennent, puisqu’ils sont plus compétents, performants, bon marchés et qu’ils ne se plaignent pas du manque d’assistanat, car la vie a toujours été ainsi, depuis la nuit des temps et pour tout être-humain. L’illusion de la prospérité, sécurité et miracle européen durant ces 2 derniers siècles n’était en réalité que le fruit du travail de millions d’esclaves forcenés à travers le monde, qui vivaient comme des chiens (beaucoup de chiens occidentaux ont aujourd’hui des dépenses supérieures à celles de familles entières dans d’autres pays) pour que nous puissions avoir l’aise d’écrire les Droits de l’Homme…le comble de l’hypocrisie, mais une vraie page d’histoire…Enfants gâtés d’Europe, soyez plus humbles et détruisez en vous cette attitude hautaine, nourrie pendant les siècles et que vous pensez être civilité et acquis sociaux. Les socialistes sont d’ailleurs les premiers à condamner les délocalisations, mais, en même temps, ils condamnent le néo-colonialisme. Ils ne comprènent pas que tout est lié. Ils sont en réalités les enfants les plus gâtés du colonialisme et ils ne font rien pour le changer, à part aboyer par ci, par là sans trop d’effort.il faut cesser de croire acquis, ce qui est volé! Et puis, qui sommes-nous pour penser indigne un tel salaire pour notre si grande personne, alors que d’autres semblables sur Terre en convienne et en rêve même?
Je vous le dis, il serait plus que normal de répondre positivement à ce genre d’offre d’emploi, d’abbord, par ce qu’on vit en Inde avec 300euros le mois quatre fois mieux qu’un smicard en France, car cela fait une expérience riche sur le CV (surtout pour une 1ere embauche), car c’est s’ouvrir au monde, vivre une autre culture et se la faire sienne. Mais surtout parce que c’est anticiper la dynamique de demain.
L’histoire, grace et à cause du commerce, est en train d’effacer les inégalités entre les peuples, transformant à terme 90% de l’humanité en “classe moyenne”, surexploitée, abrutisée et névrosée. Les Français n’y feront pas exception, croyez-moi, et ce malgré leur arrogance et leur hypocrisie légendaire!
C’est, Samy, en d’autres termes, le problème de l’européo-centrisme, voire de l’occidentalo-centrisme que vous pointez. En effet, la façon d’interpréter le monde uniquement par une vision occidentale, aux limites de la logique joue aussi ici. L’enjeu est justement actuellement de permettre aux pays émergents d’entrer -outre dans le jeu du commerce international- dans les institutions qui l’encadrent. Voire de faire mieux apprécier les critères de comparaison économique : une pondération ne semble pas impossible à produire…
On avait bien créé il y a quelques années l’indice “Big Mac”, pour illustrer le pouvoir d’achat entre pays. Encore un autre bel exemple de vision occidentalo-centrée!