Les JO, le business et la politique
Ecrit par cgilguyL’affaire de la répression chinoise au Tibet, le tollé général qu’elle a suscité et le parcours chaotique de la flamme olympique vers Pékin qui a suivi -sauf en Corée du nord, l’un des derniers pays totalitaires au monde-, a soudainement alourdi le climat régnant autour de ce qui devait être une belle fête planétaire marquant l’entrée de la Chine dans le concert des puissances modernes.
Comment vont évoluer les choses ? Vers l’apaisement si, comme l’avaient annoncé dès le 24 avril les émissaires français dépêchés à Pékin par le président Français la semaine dernière pour calmer le jeu, les autorités pékinoises mettent effectivement en oeuvre la reprise du dialogue avec le dalaï lama proposée dès le 25 avril, au grand soulagement du monde entier.
Mais avant d’en arriver, enfin, à cette solution d’apaisement, le déchaînement nationaliste montré à cette occasion par les hôtes des jeux n’est pas pour rassurer, sachant qu’aucune manifestation de masse ne peut être organisée en Chine sans l’aval du Parti communiste chinois. Et bien que pour le moment, l’impact sur les intérêts français en Chine soit limité, l’inquiétude face aux réactions anti-françaises est réel, comme en témoignent les hommes d’affaires français installés en Chine que nous avons interrogés entre le 19 et le 21 avril (une enquête exclusive à lire dans Le Moci n°1818 à paraître ce 1er mai 2008), alors que les manifestations devant les magasins Carrefour battaient leur plein.
« Mon opinion sur le sujet est que les choses vont s’empirer pour les sociétés françaises dans les mois a venir, nous écrit ce conseiller du commerce extérieur français basé à Shangaï. L’utilisation des SMS par la population chinoise pour donner des informations ou essayer de faire bouger les masses sur des sujets sensibles est notoire et en pleine accélération… » Nul ne s’étonnera, dans ces conditions, que le patron de Carrefour lui-même ait pris cette situation au sérieux, même si les consommateurs chinois ont continué à venir, nombreux, faire leurs courses dans ses magasins. En fait, la France dans cette histoire apparaît comme le bouc émissaire du courroux des nationalistes chinois, payant la gestion quelque peu cacophonique de cette crise dans les premiers jours et les images chocs du parcours parisien de la flamme le 7 avril. Côté chinois, cette crise confirme que pour avoir gagné ses galons de puissance économique, financière et commerciale, la Chine n’en a pas pour autant gagné ses galons de puissance politique et diplomatique mondiale. Car elle révèle dans cette affaire un étonnant manque d’intelligence dans ces deux domaines. Comment, après avoir déjà subi, par le passé, l’opprobre international pour son immobilisme au Darfour, comme en témoigne les débats que ce dossier suscite encore, n’a-t-elle pas vu venir cette crise tibétaine à quelque mois des JO ? Comment, surtout, a-t-elle pu sous-estimer la capacité d’action de groupes protestataires dans les pays démocratiques, alors que le parcours de la flamme est un des événements parmi les plus médiatisés du monde ?
Espérons que la situation évolue effectivement dans le sens de l’apaisement, y compris au Tibet. Car personne ne gagnerait à ce que ce grand pays cède à la tentation du repli sur soi offusqué et rate une marche importante de l’escalier qui le conduit doucement, depuis trente ans, vers la modernité économique et politique.
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