EADS : euro fort, tentation américaine et conséquences
Ecrit par ldupin
Louis Gallois l’avait annoncé il y a plusieurs mois, devant la problématique du taux de change euro-dollar : il faudrait à EADS, le groupe qu’il dirige en totalité depuis juillet 2007, se positionner plus directement sur le marché américain, y produire in situ, pour être capable de soutenir la concurrence. Il avait même déclaré, début avril (cf : AFP) « passer au scanner les entreprises américaines de taille moyenne pour regarder celles qui pourraient nous servir de cible ». Et pas seulement, étendant le champ à toutes les Amériques : « pour investir, trouver des partenariats, produire ou faire produire par nos sous-traitants ». Chose dite, chose faite : mardi 22 avril, le groupe a confirmé le rachat de l’américain PlantCML, pour 350 millions de dollars. Le positionnement est très ciblé et sur un métier secondaire du groupe : cette société californienne est en effet leader des systèmes d’urgence et de sécurité civile, tenant 70 % du marché américain. La synergie est donc possible avec les activités d’EADS dans « les systèmes clé en main de radiocommunications mobiles professionnelles et de formation à la sûreté des réseaux », rappelle LeFigaro.fr.
L’objectif de ces activités est même ambitieux. Selon Les Echos, « le directeur de la stratégie et du marketing d’EADS, Marwan Lahoud, a indiqué mardi que le groupe européen de défense et d’aéronautique visait des ventes hors Airbus aux Etats-Unis en 2020 de 10 milliards de dollars contre 1 milliard actuellement ». Soit une progression visée de l’ordre du x10 en douze ans. Ambitieux.
Du côté de l’aéronautique pure, EADS avance sur un terrain finalement plus sensible. D’abord parce que la délocalisation aux Amériques, fait peur à la base européenne, aux usines et aux personnels. Ce que résumait Nicolas Barré dans le Figaro d’hier : « Peut-on raisonnablement imaginer qu’un outil industriel, fruit de décennies d’expertise, puisse s’adapter dans l’instant aux claquements de doigts des marchés ? Le risque, c’est l’asphyxie et la fuite d’Europe vers des cieux monétaires plus respirables ».
Autre terrain de jeu (obligé) : l’aéronautique militaire. EADS dit nourrir de gros espoirs dans la vente de son appareil A400m aux Américains. Mais le programme a pris du retard, coûtera plus cher; en sus son usine a été inaugurée hier à Séville (Espagne), confirmant donc… une logique de production classique en zone euro! Enfin, les expériences récentes appelleraient à plus de prudence sur le filon américain. A savoir l’affaire des ravitailleurs KC-30 d’EADS-Northrop Grumman, que l’Armée américaine a choisi fin février au détriment des appareils concurrents de Boeing. Mais la firme de Seattle conteste ce choix en jouant de son pouvoir de lobby (une manie tenace aux Etats-Unis), ce qui tourne au pugilat américano-américain en prime. C’est de bonne guerre, sachant que le contrat pèse 35 milliards de dollars. Il faudrait juste, comme l’avait rappelé le président Sarkozy lors de son voyage officiel aux Etats-Unis en novembre dernier, que les amis américains acceptent le jeu de la concurrence dans les deux sens, c’est-à-dire d’une « concurrence loyale » selon son expression. Surtout quand l’on pointe que ces ravitailleurs, « seront assemblés à Mobile (Alabama) [soutenant] près de 25000 emplois directs et indirects aux Etats-Unis ». Gallois en attend beaucoup plus d’ailleurs, ce programme représentant aussi pour lui « l’amorce, plus que l’amorce, d’une base industrielle d’Airbus » qui « peut servir de noyau pour une implantation d’Airbus aux Etats-Unis » (AFP).
Pour prolonger : relire l’enquête du magazine sur la problématique de l’euro fort pour les PME, les articles du magazine sur EADS, et l’article en ligne sur l’euro fort;
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