Boycott des produits français en Chine : prudence…

Ecrit par ldupin

Prudence, prudence sur des campagnes lancées, à plus de 10.000 km de distance, via internet… Il est si facile de manipuler les foules, créer le buzz à partir de quelques notes de blog extrapolées, de SMS bombardés… Quels sont les faits en l’espèce? Pour l’heure des appels au boycott de produits français en Chine via des blogs, une photo de presse (Libération, 17/4) d’un groupe de 8 à 10 personnes au maximum devant l’entrée d’un supermarché Carrefour, et enfin -plus tangible- une déclaration d’une porte parole de ministère chinois des affaires étrangères (AFP, 16 avril). Pour le reste, on est beaucoup dans la panique et l’effet feu de paille, au fil des reprises d’infos dans la presse, que démentent (pour l’heure) les faits concrets et déclarations des concernés. Le seul vrai témoignage sur place est livré par notre confrère Le Figaro (17/4) : un audiocast d’un traducteur français du village olympique qui a bien observé des appels au boycott dans les médias locaux et rayons de magasins, mais assez discrets et sans effet quantifiable. Le spécialiste de la restauration collective Sodexo a aussi par exemple indiqué (AFP, 17 avril) n’avoir pas reçu de « menaces particulières ».

La possibilité d’une campagne de buzz -réduite dans les faits- reste donc ouverte. Elle pourrait être le fait d’éléments nationalistes, voire de quelques ultra. C’est en tout cas la piste retenue par les autorités françaises : « les appels au boycott sont le fait d’une très petite minorité et nous n’avons pas connaissance d’un effet quelconque de ces initiatives sur nos relations économiques » commente Pascale Andréani, porte parole du ministère des affaires étrangères.

Dernière position exprimée -surprenante, car venant d’un homme d’ordinaire assez discret- avec Bernard Arnault, p-dg du groupe de luxe LVMH, dans les colonnes du Figaro Eco (17 avril). Reconnaissant l’existence « d’allégations portées contre nous par [des] blogs », il en dément l’effet : « pour l’instant nous n’en subissons aucune conséquence ». Arnault admet en revanche que des « conséquences seraient plus importantes, j’imagine, si nous traitions de contrats publics ». C’est à dire des dossiers où l’Etat chinois pourrait peser.

Tous les groupes français rappellent, sinon, que leur personnel est majoritairement local, chinois. Et que donc taper sur ces groupes, c’est taper sur des chinois. Et dans le cas de LVMH, « avec des rémunérations très supérieures à la moyenne nationale ». A bon entendeur… ça ne mange pas de pain.

NB : Libération rappelle dans un tableau tiré des chiffres de la Chambre de Commerce en Chine qui sont les groupes français exposés. Soit par ordre décroissant du chiffre d’affaires réalisé là-bas : CMA CGM, Airbus, Rhodia, Ensival-Moret, Alstom, PSA et Carrefour.

Pour prolonger : relire la note de blog Bras de fer Chine-Tibet et J.P : quelles conséquences pour les entreprises françaises?, ainsi que les articles du magazine consacrés à la Chine;

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