Bras de fer Chine-Tibet et J.O : quelles conséquences pour les entreprises françaises ?
Ecrit par ldupin
En arrière plan à la scène médiatique et au bras de fer sino-tibétain d’avant J.O d’été de Pékin, se trame une autre histoire, plus prosaïque. Celle des entrepreneurs français et milieux d’affaire commerçant avec la Chine, qui s’inquiètent d’en payer le prix fort. Aussi et surtout depuis que le président Sarkozy a laissé entendre la possibilité d’un boycott français de la cérémonie d’ouverture des J.O. Les Echos l’ont rapporté via leur correspondant local, sur cet avis d’un cadre expatrié résumant la situation : « Les Chinois nous reprochent notre incohérence et surtout notre hypocrisie ». Le risque n’est pas tant le boycott en soi -Anglais et Allemands l’ont aussi dit- qu’u ne focalisation sur la position français et d’un effet de panique.
Pour les autorités chinoises, qui semblent dans cette affaire assez impréparées, la réponse est simple. Elle a été formulée fin de semaine dernière, à Jacques Rogge, le patron du CIO : un porte parole de la diplomatie chinoise lui a rappelé que le CIO n’a « pas à introduire des facteurs politiques hors de propos » (cf : Le Figaro 11/4). A bon entendeur. La stratégie de la montre est aussi employée : « A 120 jours des JO Pékin espère que le sport, le commerce et l’intérêt bien compris de l’Occident vont faire oublier les promesses non tenues sur les droits de l’homme », prolonge le quotidien.
Causeries et émissions politiques du week-end tournaient donc sur la juste mesure de la capacité française à peser sur la Chine. Et notamment à cette question essentielle et universelle, une fois tombé le masque des nobles causes : qui a besoin de qui? Ou en l’espèce, qui a le plus à craindre le boycott de l’autre ? A ce petit jeu, la France n’a guère de marge de manoeuvre. Rappel des faits : les experts notaient que boycotter les produits c’est, demain, ne plus avoir de textile, d’électronique, de jouets, d’outils, etc. Alors que côté chinois, il s’agit juste -dans un premier temps, sous une première menace immédiate du moins- de se priver de… nos produits de luxe. Sachant que le boycott peut toucher une autre dimension : les français installés en Chine par exemple, et nos projets industriels là-bas. Sur ces points, une « source du milieu des affaires français », anonyme, a indiqué à L’Express (11/4) que « L’affaire est très grave ». Craignant que ne se développe un sentiment anti-français, notamment perçu sur internet et sur les blogs la semaine dernière, sous la plume de Chinois patriotes et excédés. Certains rappellent les contrats de près de 20 milliards d’euros signés en Chine en novembre 2007, pour Areva, Airbus, Alcatel, etc.
Que faire dés lors, entre nécessité du débat démocratique et realpolitik dictée par les intérêts économiques ? Peut être raison garder tout d’abord, écouter les craintes exprimées sans en rajouter dans l’angoisse : après tout les J.O ne s’ouvrent que cet été. Aussi se documenter : et relire par exemple cette information de l’AFP selon laquelle le commerce extérieur chinois a connu de premiers signes de faiblesses début 2008. Certes le montant est toujours impressionnant (plus de 26 milliards d’euros d’excédent commercial sur trois mois), mais la tendance est à la baisse : -11%, et surtout « le rythme de progression des importations (+28,6%) a été supérieur à celui des exportations (21,4%) ». Le marché intérieur chinois est certes dit capable de compenser cette décrue, mais l’inflation menace aussi ici comme en Occident…
Autre piste à ne pas ignorer : que cette poussée de fièvre pré J.O des milieux d’affaire, soit l’occasion de clarifier les termes du partenariat économique franco-chinois. On mesurera sans doute rapidement ces termes -et l’impact du dossier J.O- grâce à l’affaire industrielle Danone-Wahaha encore en cours de traitement…
[VOTRE AVIS :] exportateur, importateur, expatrié en Chine, vous rencontrez actuellement des problèmes significatifs liés à la situation politique et au dossier des J.O? Témoignez-en dans les commentaires ouverts de cette note, ci-dessous.
Pour prolonger : relire nos dossiers spéciaux “Chine : 10 régions où commencer“, paru dans le n°1808 (décembre 2007) et “Acheter et vendre aux Chinois“, publié dans le numéro n°1766 (août 2006) du Moci, ainsi que tous nos articles sur la Chine; relire aussi les notes du Moci Blog “La Chine place aussi ses banques dans le top mondial“, “Turquie, Chine, Russie et Inde : les pays émergents calent en janvier“.
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Nicolas Sarkozy, le 8 avril 2008 à Cahors
Données cartographiques ©2008 Tele Atlas - Conditions d’utilisationCérémonie JO: Sarkozy lie la participation de la France à la reprise du dialogue sur le Tibet
Il y a 6 jours
PARIS (AFP) — Le président français Nicolas Sarkozy a lié mardi sa participation à la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin à un dialogue entre Pékin et le dalaï lama, alors que son gouvernement était attaqué pour le fiasco du passage de la flamme olympique la veille à Paris.
“C’était un spectacle un peu triste pour chacun”, a déclaré M. Sarkozy, au sujet des manifestations qui ont marqué le passage de la flamme.
Le chef de l’Etat, qui n’a pas exclu de boycotter la cérémonie d’ouverture des JO, en a profité pour appeler de nouveau à une reprise du dialogue entre la Chine et le chef spirituel tibétain, comme il l’avait déjà fait le 25 mars.
“La France fera tout pour que ce dialogue reprenne (…) il y a encore quelques mois, il n’y a pas de temps à perdre”, a-t-il dit lors d’un déplacement en province.
“C’est en fonction de la reprise de ce dialogue que je déterminerai des conditions de notre participation” à la cérémonie d’ouverture des JO, le 8 août, a affirmé M. Sarkozy, qui assurera à cette époque la présidence tournante de l’Union européenne.
Son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a été plus direct sur l’impact des manifestations de lundi.
“Ce qui s’est passé hier complique sa tâche”, a dit M. Kouchner à propos de M. Sarkozy et de sa volonté de voir Pékin dialoguer avec le dalaï lama.
MM. Sarkozy et Kouchner se sont livrés à un difficile exercice d’équilibre à propos des manifestations pro-Tibet.
Le chef de l’Etat a dit comprendre que “les autorités chinoises aient été blessées par ce qui s’est passé”, mais il a estimé “tout à fait normal dans une démocratie” que les gens manifestent.
M. Kouchner, qui fut lui même un militant actif de la cause tibétaine, a assuré “comprendre” les motivations des manifestants. “Comme c’est mon combat, je ne peux le condamner”, a-t-il dit.
L’ensemble de la presse relevait le “fiasco” provoqué par les militants des droits de l’Homme et les manifestants pro-Tibet qui ont réussi à écourter le parcours de la flamme malgré une très forte mobilisation policière.
Le gouvernement était attaqué tant pour la rudesse avec laquelle les policiers ont maîtrisé des militants pro-Tibet, que pour l’incapacité à éviter en fin de compte que la journée ne sombre dans le chaos.
“Les pouvoirs publics ont été débordés”, résumait le quotidien de droite Le Figaro.
“Le fait marquant du jour est (…) l’interdiction musclée de tous les drapeaux tibétains présents sur le passage”, a lancé pour sa part le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis, jugeant qu’il s’agissait d’”un jour noir pour les droits de l’Homme!”.
Même opinion de la part d’un député de la majorité présidentielle, Jean-Christophe Lagarde.
“Que des atteintes à la liberté d’expression soient courantes dans un pays comme la Chine n’est point surprenant, vous comprendrez notre indignation à voir de telles actions s’opérer dans la capitale de la patrie des droits de l’Homme”, a lancé M. Lagarde à la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie dans un courrier.
Les policiers ont “très bien fait leur travail”, s’est défendue Mme Alliot-Marie.
“Ce qui est important pour nous, c’est qu’il n’y a pas eu de blessé grave”, a ajouté une porte-parole de la préfecture de police, qui a souligné que la police avait eu “les plus grandes difficultés à négocier tout au long de cette manifestation” avec les organisateurs chinois.
Les autorités chinoises, par la voix du n°2 de l’ambassade à Paris, Qu Xing, ont nié tout “fiasco” et en se félicitant que “la police française (ait) fait de son mieux pour maintenir l’ordre”, mais la presse officielle de Pékin était elle très critique.
“La France n’a pas bien protégé la flamme sacrée”, titrait mardi le Global Times, filiale du Quotidien du peuple, dénonçant “l’incompétence de la police de Paris” et “une honte” pour la France.
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“les contrats de près de 20 milliards d’euros signés en Chine en novembre 2007, pour Areva, Airbus, Alcatel, etc.”
Je voudrais juste dire qu’il ne s’agit en aucun cas de cadeaux faits par la Chine à nos entreprises. La Chine a cruellement besoin de nos technologies. Ils n’ont pas le temps, et il s’en faut de beaucoup, de réinventer ce que nous savons aujourd’hui. Et ils sont bien contents de pouvoir nous acheter nos technologies avec l’argent gagné grâce aux bas salaires des chinois.
Il est clair que faire pression sur le gouvernement chinois a pour objet d’améliorer non seulement le sort des Tibétains mais de tous les Chinois.
Merci pour ce dense complément Zak : vous aviez sinon une remarque ou une question plus précise?
Toto4, sur le transfert de technologies que vous évoquez, je vous conseille la lecture de la note de mon collègue Jean-François Tournoud, écrite ici le 28 novembre : http://www.lemoci.com/blog/2007/11/28/chine-attention-aux-transferts-de-technologie/
Pour soutenir la liberté au Tibet lors du passage de la flamme et lors des JO de Pékin,
je suis d’accord pour les manifestations et toute sorte de boycott, mais pour toutes celles et ceux qui souhaitent se montrer, ils peuvent le faire en affichant un message de soutien à la fois au Tibet mais aussi à l’esprit des jeux en portant le tee-shirt “dove of the Freedom” de l’artiste LN* qui me semble être un bon moyen d’expression qui s’intègre bien à l’esprit du Tibet …m^m s’il est vrai que le tee-shirt est payant, le message est fort et bien présent, et c’est ce qui compte.
voici le lien http://libertepourletibet.blogspirit.com
Fred, merci de cette information. Nous restons sur LeMoci.com et sur son blog plutôt concernés par l’aspect économique des choses, et l’impact sur le terrain du commerce international. Non pas que nous n’ayons ni conviction ni idées, mais nous les gardons pour d’autres occasions d’expression.
Cela dit, un “business” qu’on devine derrière votre information est aussi celui des “produits de soutien” à la cause,à toute cause d’ailleurs : êtes-vous au contact du promoteur de ce tee-shirt? savez-vous ce qu’il en retire matériellement? s’il vend au-delà des frontières?