Ubisoft : le jour où Yves Guillemot a racheté Tom Clancy
Ecrit par ldupin
Petite leçon de marketing international et de business rondement mené. L’éditeur de jeu vidéo français -et leader mondial- Ubisoft vient en effet de s’offrir un joli coup de projecteur par une opération financière des plus audacieuses. Ayant besoin de capitaliser, de vendre sur des marques fortes et connues internationalement, le français s’est payé… un homme. Et pas n’importe lequel : l’auteur américain Tom Clancy, 59 ans. Car sur son seul nom, se déchaînent des cohortes d’acheteurs passionnés d’histoires d’espionnage, de guerre et de thrillers rythmés. Ce que le New York Times appelait dès août 2002 par « l’effet Tom Clancy » : un effet évalué à l’époque au poids de ses romans, sortant tous à 2 millions d’exemplaires en premier tirage. Les 6 chiffres qui font rêver tout éditeur…
Et pas que les passionnés. Côté business, coller un sticker « Tom Clancy » sur une boîte en carton ou un boîtier plastique de jeu vidéo, fait vendre et rapporte. Sur les SplinterCell ou Ghost Recon par exemple, édités d’ailleurs par Ubisoft. Idem pour des affiches de cinéma, comme sur “A la poursuite d’Octobre Rouge” ou la série des Jack Ryan (incarné par rien moins qu’Harrison Ford)… Guillemot le sait et a sorti le carnet de chèque en conséquence, pour un deal évalué par certains indiscrets à plusieurs dizaines de millions de dollars. Aucune confirmation officielle bien sûr.
Ce qui veut dire, comme le note adroitement un blog du site américain News.com (spécialisé sur les nouvelles technologies), qu’en amont, il a bien fallu que… Tom Clancy mette son nom à la vente ! Le site poursuit dans l’ironie teintée de défiance, en précisant que l’auteur aura encore le droit d’utiliser son nom dans sa vie et de le coucher sur ses livres… Le genre d’opération que ne peut pas s’offrir monsieur tout le monde, mais aussi qui doit avoir ses raisons. Ce que l’on appelle pudiquement une « conjonction d’intérêts » : pour Ubisoft, qui a déjà édité plusieurs jeux tirés des récits de Clancy, il s’agit d’économiser dans l’avenir sur les royalties qu’il devait lui reverser, d’autant que les consoles se multiplient sur le marché… Pour Clancy, c’est un gros chèque qui rentre d’un coup, plutôt que d’hypothéquer sur ses succès futurs (on ne sait jamais, et la retraite arrivera bien un jour…).
Reste la double impression étrange d’un nom acheté par une multinationale, et du fait que l’acheteur soit français et la proie américaine… Yves Guillemot imaginait-il dans sa Bretagne originelle, en 1986, quand démarrait l’aventure Ubisoft, que 22 ans plus tard son succès lui donnerait cette opportunité là ?
Pour prolonger : relire les articles du magazine consacrés à Ubisoft; et aussi sur un sujet voisin, les notes du Moci Blog sur la stratégie marketing mondiale de PSA et la campagne de Louis Vuitton appuyée sur un Rolling Stones;
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