Les pays émergents nouvel eldorado pour les groupes du CAC 40
Ecrit par cgilguyLa saison des résultats annuels bat son plein et alors que montent à nouveau les craintes de fermetures d’usines en France, un constat se dégage : les grands groupes français tirent aujourd’hui l’essentiel de leur croissance des marchés émergents, où ils investissent à tout va pour surfer sur l’explosion de la consommation locale.
Michelin, qui doit gérer la difficile affaire de la fermeture de son usine de Toul tout en annonçant un bénéfice de 774 millions d’euros, en hausse de 35 %, n’a jamais caché sa stratégie industrielle : conserver une base forte en France et en Europe, mais investir dans de nouvelles capacités sur les marchés porteurs. De fait, il souhaiterait augmenter de 60 % ses capacités dans les pays émergents, où il réalise désormais 27 % de ses ventes mais seulement 22 % de sa production (Les Echos du 18 février).
De son côté, Renault, à l’instar de son confrère et concurrent PSA Peugeot Citroën, a enregistré une hausse de ses ventes de véhicules de 2,1 % à 2 484 472 unités en 2007, essentiellement grâce au dynamisme de la Logan. Qu’on en juge : alors que les ventes mondiales de la marque au losange (86 % des ventes groupe), ont progressé d’à peine 0,9 %, celles de sa filiale roumaine Dacia (avec sa Logan) ont bondi de 17,2 % (230 164 unités). Si les ventes du groupe ont reculé de 5,6 % en Europe et de 1,8 % en France (l’Europe avec la France pèse 65,4 % de ses ventes), elles s’affolent dans le reste du monde (+16,3 %) : + 32,2 % sur les marchés américains, + 11,5 % dans les pays du pourtour méditerranéen, + 9,8 % en Asie et en Afrique. L’Europe (incluant la France) ne pèse plus que 65,4 % des ventes, et c’est dans ces pays que Renault a le plus augmenté ses capacités de production depuis 2005 : extension de capacités au Mexique (+ 35000/an), en Roumanie (+ 125000/an) et en Turquie (+ 100 000/an), nouvelles capacités en Iran (+ 250 000/an) et en Inde (+ 70 000/an).
Autre poids lourds du CAC 40 ravi d’avoir investi dans les marchés émergents, le groupe Lafarge : en 2007, l’industriel des matériaux de construction a réalisé 53 % de son chiffre d’affaires (17,6 milliards d’euros) dans ces pays, où il prévoit d’ailleurs de créer l’essentiel des 14 millions de tonnes de capacité de production cimentière nouvelles qu’il a programmées pour 2008 : 4 millions le seront en Chine, 1 million en Inde et 0,9 million en Afrique du Sud.
Danone, de son côté, dont le CA 2007 a atteint 12,8 milliards d’euros, en hausse de 9,7 %, a enregistré une progression de 7,4 % en Europe, de 4,7 % en Chine (où son patron Frank Riboud ne désespère pas trouver enfin un arrangement avec son partenaire remuant Wahaha), mais de près de 17 % ailleurs dans le monde.
Mais le plus significatif est sans doute les évolutions vécues par L’Oréal : sur un marché mondial des produits cosmétiques dont 65 % de la croissance « sont tirés par les pays émergents », « en valeur absolue, nous y gagnons autant qu’en Amérique du Nord » a expliqué Jean-Paul Agon, directeur général du groupe français, à notre confrère Les Echos (14 février 2008). « Pour la première fois, dit-il encore, ces pays sont devenus le premier marché dans le monde pour les produits de beauté, à égalité avec l’Europe de l’Ouest ». La croissance du CA de L’Oréal (17 milliards d’euros en 2007, + 8,1 % sur 2006), a atteint 18 % dans cette zone, « avec des bonds de 30 % en Chine, 38 % en Russie et 35 % en Inde » de sorte que les pays émergents ont contribué, selon Jean-Paul Agon, « pour les deux tiers à l’essor du groupe » en 2007.
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