Déficit commercial : au chevet d’un malade non imaginaire

Ecrit par cgilguy

Plusieurs « stars » du microcosme du commerce extérieur français sont venues au secours du déficit après les gros titres qui ont fait la Une, la semaine dernière, sur le déficit commercial « record », « historique », et « l’ampleur de la débâcle ». François David, président de Coface, dans une tribune au Monde daté du 9 février, renvoie tous les cassandres dos à dos : « le commerce extérieur est tout sauf calamiteux » affirme-t-il. Argument choc : « Un Français exporte 60 % de plus qu’un Américain, 40 % de plus qu’un Espagnol, 35 % de plus qu’un Japonais, 10 % de plus qu’un Britannique ou un Italien ». Une analyse qui relativise l’importance du déficit commercial en lui-même, et que partagent certains observateurs comme Daniel Vigneron, rédacteur en chef à la Tribune, dans un point de vue publié aujourd’hui.

Pour François David, dont la compagnie est aussi un important prestataire de l’Etat en matière de gestion des aides et garanties publiques à l’exportation en cours de réforme, « les vrais enjeux » sont ailleurs : « permettre aux PME de grossir », ce qui le met bien sur la même longueur d’onde que le cabinet Novelli. Dans la même veine, Bruno Durieux, président du Comité national des conseillers du commerce extérieur de la France (CNCCEF), prend dans Les Echos la défense des entreprises françaises qui seraient accusées d’être « trop frileuses, trop tournées vers les marchés proches, pas assez mobiles », et renvoie à des faiblesses auxquelles il est temps de s’attaquer, soit « nos déséquilibres macroéconomiques, les uns conjoncturels –déficit des finances publiques, accroissement des coûts de production- les autres structurels : rigidité des marchés, excès de réglementation ».

Une analyse nuancée par celle de Pierre Jacquet, directeur général de l’Agence française de développement (AFD) qui, dans une point de vue inattendu sur le sujet (l’AFD est plutôt attendue sur des sujets comme la lutte contre la pauvreté et le développement durable) également publié dans La Tribune, pose le problème un peu différemment : « notre offre de produits industriels pourrait et devrait être mieux adaptée à la demande française et mondiale », ce qui renvoie « à tout ce qui contribue à la compétitivité hors prix (innovation, recherche, qualité, service après-vente, etc.) ». Et il met aussi en garde contre les réactions de l’opinion publique : « Le risque est grand (…) que ces chiffres (…) amènent notre pays à s’apitoyer sur son sort dans la mondialisation et en tirer la leçon que le commerce international et la mondialisation posent davantage de problèmes à la France qu’ils ne lui apportent de bénéfices (…) » conclut Pierre Jacquet, dont l’Agence accompagne de nombreuses entreprises françaises dans leurs investissements dans les pays en développement.

Conclusion ? On sent poindre un consensus sur un constat : le déficit commercial porte certainement un coup à notre fierté nationale (qui en a vu d’autres), un peu moins à notre croissance (quoiqu’il nous coûte 0,1 à 0,3 % point de croissance tout de même, ce qui n’est pas négligeable quand l’Insee nous prédit entre 1,3 et 2,2 % pour cette année…). C’est surtout un symptôme auquel il faut des remèdes de fond, car le malade n’est pas imaginaire. Enfin. A suivre…

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