Développement : Jean-Marie Bockel veut réformer l’aide et rompre avec la Françafrique

Ecrit par fpargny

bockel2.jpg Chez Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération et la francophonie, on sent poindre une impatience : la “rupture” promise par Nicolas Sarkozy avec un passé trouble tarde. “Je veux signer l’acte de décès de la Françafrique”, vient-il ainsi de déclarer au quotidien Le Monde, parallèlement à la présentation “des voeux de la coopération”, le 15 janvier. Ce serait le moment puisque le président doit se rendre en Afrique à la fin février. “La mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurire de certaines structures administratives ou politiques, la prédation de certains dirigeants… au total, sur 100 milliards de dollars annuels d’aide pour l’Afrique, 30 milliards s’évaporent”, assure Jean-Marie Bockel au Monde. Pourtant, le ministre de la France défend le régime d’Omar Bongo, “un ami de longue date de la France”, précise-t-il à notre confrère, alors même que le chef de l’Etat gabonais est souvent attaqué pour sa gestion des revenus pétroliers.

Par ailleurs, “l’efficacité de l’aide au développement… est loin d’être optimale”, reconnaît volontiers Jean-Marie Bockel dans le discours préparatoire aux “voeux de la coopération”, un document de six pages que s’est procuré Le MOCI. La France est “généreuse : 9 milliards d’euros ont été consacrés à l’aide publique au développement en 2007, autant le seront en 2008″. Et “avec 0,42 % de son produit intérieur brut”, la France est parmi les huit grands pays industrialisés (G8) “l’un des plus engagés”. Mais le temps presse. “L’Afrique subsaharienne, c’était 300 millions d’habitants au moment des indépendances. C’est 800 millions aujourd’hui. Ce sera le double en 2050. La coopération française doit donc être rénovée.

Pour réformer les relations avec l’Afrique et l’aider dans son développement, Jean-Marie Bockel veut soumettre des prositions concrètes au président français, qui a appelé par le passé l’Afrique à prendre son “avenir en main” :

- ” Prendre des engagements budgéraires à caractère pluriannuel”, ce qui constituerait pour le ministre le seul moyen de “sanctuariser l’effort d’aide publique au développement”.

- Faire évaluer la coopératon française par les autorités nationales, la société civile, les élites et la jeunesse pour “rapprocher notre aide des bénéficiaires”.

- “Associer plus étroitement le Parlement” et, pour ce faire, établir “un état précis des progrès réalisés par les dix pays les plus aidés par la France en matière de gouvernance, au sens large (démocratie, droits de l’homme, lutte contre la corruption, environnement des affaires).

- En remplacement du Haut Conseil à la coopération internationale, créer “une structure légère”, comprenant les ONG, les collectivités territoriales, les fondations d’entreprises pour “entrendre, en amont de la programmation de nos moyens, le point de vue d’acteurs de terrain”.

- “Partager ses convictions avec ses plus proches partenaires” de la Francophonie et de l’Union européenne. Jean-Marie Bockel estime “que la nécessité de décaisser ne doit pas conduire l’Europe à fermer collectivement les yeux” et qu’il convient alors “d’envisager, lorsque cela se justifie, de vraies conditionnalités à l’octroi de l’aide”.

Ainsi, Jean-Marie Bockel pense-t-il déjà à la présidence française de l’Union européenne, au second semestre.

Pour prolonger : lire le numéro spécial du MOCI Cian Rapport 2008 : les entreprises françaises en Afrique

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