Charles Jourdan liquidé : la faute à la famille Hilton ?
Ecrit par ldupin
Entendu ce matin aux infos de France Inter. Noël va sonner durement ses cloches aux oreilles de Charles Jourdan, du côté de la Drôme. Le chausseur de luxe français, né en 1921, vient en effet hier lundi d’être mis en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Romans-sur-Isère, confirme une dépêche de l’AFP. Ce après qu’un ultime scénario de reprise ait capoté : un investisseur américain, Omniscent (défini comme un « développeur de marques »), le seul restant dans la course depuis fin novembre (cf : Challenges) devait en effet reprendre l’entreprise, mais s’est retiré in fine. En fait, il “cachait” une opération de la famille Hilton, plus exactement de la mère Kathy, désireuse d’investir dans le secteur de la mode. Un projet connu et formalisé dès début décembre (cf: le site américain wwd.com). Fin novembre, c’était un autre repreneur potentiel (les chaussures Repetto) qui se retirait déjà. Le nom est trompeur, la marque n’est pas italienne mais bien française.
Ce coup du sort se joue en fait pour une sombre histoire de marques et de stratégie internationale entre France, Suisse et Belgique (cf : cet article de La Tribune). Pour la faire courte : l’usage de la marque Charles Jourdan n’était pas acquis pour le duo Hilton/Omniscent sur le territoire américain. Or « (…) on découvre à la dernière minute qu’il y a un risque important de ne pouvoir commercialiser aux Etats-Unis ni la marque Jourdan, ni celle ‘’Kathy Hilton by Charles Jourdan’’ », indiquait l’avocat de la firme US à l’AFP. Une condition préalable incontournable sur ce dossier. Car il était en effet question que la mère de la célèbre bimbo jet-seteuse internationale Paris Hilton produise une ligne de chaussures désignée par ses soins. L’objectif stratégique était on ne peut plus ambitieux : « compléter la ligne de sacs et lunettes de la mère de la starlette » (SIC).
Le front américain n’est pas inconnu dans le parcours très secouée de Charles Jourdan : la « bio » de l’entreprise sur Wikipedia nous rappelle que déjà une prise de contrôle par le géant Genesco était intervenue en 1971. Mais c’est sous la conduite suisse (Jourdan a été repris en 1980 par des investisseurs helvètes) et dès la fin des années 80, que la constitution d’un mini multinationale du luxe n’a pas su ou pu donner tous ses fruits, sur fond de restructurations successives.
Quelques 200 salariés Jourdan en France attendent désormais de recevoir leurs lettres de licenciement… Ce qui n’empêchera, soyons réalistes, ni Paris ni Kathy Hilton de trinquer le 24 au soir. Ni surtout de se lancer par un autre biais dans le secteur clé de la mode (un marché de 160 milliards d’euros dans le monde en 2006, d’après Bain & Co). Mais ne leur jetons pas la pierre, l’histoire de Jourdan n’était-elle pas écrite depuis quelques années déjà? Sur son site web, le chausseur écrit lui-même une analyse qui semble a posteriori d’une grande clairvoyance : “la mode est dévenue éphémère et la concurrence forte“. Un contrepoint en tout cas, à l’autre concept phare posé par le fondateur même au début du siècle : “Le vrai héros, c’est le produit“. A condition que le héros soit équipé d’une solide armure financière…
Pour prolonger : relire nos articles sur le secteur de la chaussure, publiés sur le magazine.
MAJ : le dossier a rebondi en mars 2008, sur cette actualité Charles Jourdan : un fonds d’investissement costa ricain chausse la reprise
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Je trouve très triste que rien ne puisse être fait pour sauver cette marque. Je reste persuadé que NOUS devons faire l’impossible pour aider à sauver la marque Française. Le luxe et la haute technologie sont tout ce qui reste à la FRANCE alors cela doit nous persuader qu’il faut faire quelque chose.
Michel Lamalle.
Dans l’absolu, on ne peut qu’être d’accord avec votre appel. Je vous remonte en complément ces précisions écrites dans le Figaro (14/10/07), concernant la situation dans le bassin de Romans-sur-Isère : “Il y a deux ans, 401 personnes étaient confiées à la cellule de reclassement gérée par un sous-préfet spécialement détaché, dotée de plus de 30 millions d’euros de fonds publics. 79 % des intéressés ont une solution et 68,5 % un reclassement durable”.
Faut-il aller plus loin, ou plutôt différemment?
Il est encore possible que les salariés reprennent l’entreprise (rachat d’entreprise par les salariés)
une association www.sosdepotdebilan.com à proposé au Maire de Romans de faire une étude de faisabilité.
Il semble que ça ne l’interesse pas ?
jean SALWA
M. Salwa, quelques questions svp suite à votre commentaire : êtes vous directement impliqué dans le dossier Charles Jourdan? Ou bien avez-vous contacté la mairie à Romans de façon “générique” et/ou plus globale sur les problèmes de l’économie locale? Avez-vous aussi contacté directement l’entreprise et ses salariés? Si oui, quelle réaction?
mea culpa
Mea culpa à propos de quoi svp, M. Bilguez? Sur la note, sur l’un des commentaires? Ou bien sur l’une des informations liées à ce dossier?