Le cynique marché de l’enfant
Ecrit par ldupin
A écouter les faits saillants de « l’affaire Arche de Zoé », qui embarrasse les relations franco-tchadiennes ces derniers jours, il ressort quelques données donnant à réfléchir sur la formidable capacité de l’homme à faire de toute chose un marché. En amont déjà : avant même que n’éclate le contentieux proprement dit, et même s’il faut redire la nécessaire présomption d’innocence qui doit prévaloir dans des affaires de ce type, il a été dit qu’un enfant, dans le flot du travail de cette association, se payait entre 2800 et 6000 euros (rappelle par exemple france2.fr) pour les parents « adoptants », ou plutôt ici « acheteurs ». Un “prix marché” existe donc… Le film de Bertrand Tavernier, « Holy Hola » ne montrait rien d’autre déjà en 2004, cette fois-ci déroulé en Asie. Et faut-il se souvenir aussi, fin 2006, de l’affaire Madonna au Malawi, qui soulignait sinon la problématique du fait accompli, du moins qu’il existe deux poids deux mesures entre une star et des représentants, sans doute plus maladroits que mal-intentionnés, d’une association caritative. Rony Brauman (ancien président de MSF) ne dit rien d’autre, quand il explique sur RTL (rapporte le Nouvel Obs) qu’ “ils croyaient sincèrement qu’ils allaient sauver des enfants menacés de façon imminente” par un génocide (celui du conflit du Darfour, ndlr, région du Soudan voisinne). Ceci plaidant pour ne pas accabler les membres de l’Arche de Zoé envoyés sur le terrain, Brauman évoquant aussi la notion de “sauveteur intempestif” amené malgré elle et devant les obstacles du terrain. Et l’on peut être d’accord avec cette ligne de sagesse et de précaution.
Le vrai problème n’est pas l’action de terrain de l’Arche de Zoé, ses objectifs de départ nobles, et ses compromissions pratiques. Mais bien plutôt cette sorte de silence gêné sur un « marché » officieux, connu de tous les responsables, aux ramifications discrètes, qu’on actionne à la demande. Bref un pur marché noir et du trafic. Loin de moi l’idée de juger en procureur sentencieux : l’adoption est un sujet par trop intime et complexe pour en tirer des généralités et des simplifications. Mais tout de même: vit-on à ce point dans un monde absurde et mercantile qu’il faille sauver une détresse (celle de l’enfant en terres pauvres et lointaines) par une autre détresse (celle du parent sans espoir de descendance), en laissant se faire au milieu un « business » qui ne porte pas son nom, et des retombées juteuses pour des intermédiaires ?
En aval, à écouter les commentaires sur France Inter de lundi matin, le tableau se peint ainsi : l’affaire Arche de Zoé serait sinon un prétexte du moins une opportunité pour des échanges de vue franco-tchadiens à caractère diplomatique, avec motivations économiques pas très lointaines. Clarifions donc l’équation sous jacente et à demi avouée : un enfant tchadien = 4400 euros en prix moyen + quelques contrats industriels + des négociations politiques. Gageons pour les autorités impliquées de part et d’autre, qu’en effet, cette affaire puisse être réglée en bonne intelligence et en déterminant les bonnes responsabilités. Pour être finalement le moyen réel de lever un début de voile sur ces pratiques, et y mettre le fondement de moralité et de dignité attendu. Sans avoir à tomber lors d’une prochaine affaire de Charybde en Scylla…
L’affaire est en tout cas -et il faut le redire- sensible, complexe. Gageons qu’après le temps de l’emballement médiatico-politique, vienne celui de la sereine justice.
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il est vrai que l’on touche à une dimension préoccupante du charity business. Le problème en l’occurence est que l’angélisme de ces néo humanitaires peut compromettre les efforts déployés ailleurs pour sauver des milliers de vie, d’enfants ou…d’adultes.
Quand on reparle du devoir d’ingérence:
http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=685&Itemid=60
En effet Alexandre, le “devoir d’ingérence” est une notion que l’on peut voir à “géométrie variable”, applicable à de multiples sujets, en somme déclinable. Mais il faudrait idéalement la réserver à son terrain de naissance : des conflits, des menaces directes à la vie humaine lors de guerres, massacres, génocides, etc. C’est à dire un “devoir de défense” et de réaction de protection immédiate face à un danger imminent.