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Chypre

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4. Gaz : une manne inespérée
La grande affaire de la décennie à Chypre, c’est la découverte d’importants gisements de gaz au large de ses côtes. Une manne qui attise les convoitises.

« Quand je disais qu’on pourrait un jour trouver des hydrocarbures à Chypre et les exploiter, personne ne me croyait. Et voilà ! » Solon Kassinis, directeur du département Énergie au ministère du Commerce, de l’Industrie et du Tourisme de Chypre, aime à montrer à ses visiteurs les cartes de l’immense champ gazier découvert dans l’est de la Méditerranée. Et croît dur comme fer à l’avenir d’exportateur de gaz de Chypre.
 
D’autant que le marché du gaz est au beau fixe. Début juin, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estimait dans un rapport qu’il représenterait d’ici à 2035 plus d’un quart de la demande mondiale d’énergie, contre 21 % actuellement. « Ces découvertes sont très importantes non seulement pour l’approvisionnement de Chypre, mais aussi pour celui de l’Europe », avance M. Kassinis. Mais, pour l’instant, le gaz chypriote n’en est qu’au stade de l’exploration.

En février dernier, l’américain Noble Energy, qui a obtenu la licence d’exploration du « bloc 12 », l’un des 13 que compte la zone de 46 000 km2 située au sud de l’île, a annoncé que les études géologiques laissaient espérer d’importantes réserves. La structure de la zone est en effet proche de celle du champ israélien de Leviathan, distant de 34 kilomètres. Ce gigantesque champ gazier, estimé à 453 milliards de mètre cubes, est la plus importante découverte de la décennie. « Nous lancerons les licences d’exploration pour d’autres blocs après les premiers forages dans celui-ci, soit avant la fin de l’année. Une trentaine d’entreprises sont intéressées, dont Total. ». Noble Energy doit en effet commencer à forer d’ici à la fin de l’année, certainement à l’automne.

Avantage non négligeable, la compagnie américaine dispose déjà du matériel adéquat dans la région, puisqu’elle a également obtenu une licence d’exploration côté israélien. Cette manne gazière devrait permettre à Chypre de régler le problème de sa facture énergétique. L’île produit les trois quarts de son électricité à partir du pétrole qu’elle achète et qui représente 19,7 % de ses importations. En 2010, la note a été salée : 7,3 % du PIB.

Mais avant de consommer ses propres réserves, Chypre devra importer le gaz d’Israël. Ce pays destine le champ de Leviathan à l’export. Mieux, les autorités israéliennes songent sérieusement à faire de l’île leur plateforme d’exportation. L’entreprise israélienne Delek, partenaire de Noble Energy, dans l’exploration du Leviathan, a ainsi proposé à Chypre en janvier un projet de construction d’une usine de gaz naturel liquéfié à Vassilikos, où les autorités chypriotes souhaitent établir un terminal gazier.

D’autres entreprises, dont Shell, ont montré leur intérêt pour ce gigantesque projet estimé à 600 millions d’euros. Israël avait deux possibilités pour exporter son gaz : soit construire un pipeline passant par la Turquie, une option géopolitiquement délicate (voir ci-dessous), soit construire un terminal à Chypre. Et pourquoi pas sur son territoire ? Comme Amit Mor, spécialiste des questions énergétiques et P-dg du cabinet Eco Energy consulting, le rappelait en mai au Jerusalem Post, « il aurait été fantastique de pouvoir relier le champ gazier à Israël, à Ashkelon ou à Eilat, mais le public israélien ne permettra jamais la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié à cet endroit ». Si l’opinion publique israélienne redoute les conséquences environnementales d’un tel projet, des voix s’élèvent également à Chypre. Selon le parti Vert, le pays ferait mieux de continuer à importer du pétrole pendant cinq ans, le temps de développer ses énergies renouvelables.

Sophie Creusillet


Un enjeu géopolitique

Les immenses champs gaziers récemment découverts dans le bassin du Levant concernent cinq pays (Israël, Chypre, Turquie, Liban et Grèce) dont les relations sont pour le moins tendues. Les frontières maritimes entre le Liban et Israël, officiellement toujours en guerre, ne sont pas clairement délimitées. Les relations entre la Turquie et Israël sont au plus bas depuis l’assaut par l’armée israélienne, en mai 2010, d’un navire turc menant une flottille humanitaire en direction de Gaza. L’Égypte a fort à faire avec l’après-Moubarak et la Grèce se trouve face à une crise financière sans précédent.

En décembre 2010, Chypre et Israël sont parvenus à un accord sur la délimitation de leurs zones maritimes exclusives afin que l’exploration puisse se poursuivre sans crainte de conflits lors de l’exploitation. Un accord qui a irrité la Turquie, seul État à reconnaître la partie nord de l’île. Laquelle estime que l’exploitation du gaz par la République de Chypre, la seule reconnue au niveau international, est un casus belli. Chypre avait déjà passé des accords de délimitation avec l’Égypte et le Liban. « Nous sommes en bons termes avec nos voisins, ce qui est rare dans la région », souligne Solon Kassinis. Le récent rapprochement de Chypre et d’Israël met en effet en lumière la position stratégique que détient l’île dans la région : celle d’un pays européen qui tient à entretenir de bonnes relations avec tous ses voisins, au nom du « business first ».

S. C.


Énergies renouvelables : une part en augmentation


Pas de pétrole, pas de charbon, pas (encore) de gaz, mais du vent et du soleil à foison. Le gouvernement chypriote a donc mis le turbo ces dernières années sur les énergies renouvelables, en partie grâce aux aides de l’Union européenne dont elle est membre depuis 2004. À Chypre, dans 92 % des maisons et 53 % des hôtels, l’eau est chauffée à l’énergie solaire. Les panneaux photovoltaïques ont également la cote. Avec l’aide du Fonds de cohésion de l’UE, six bâtiments gouvernementaux, 54 écoles et cinq camps militaires doivent être équipés, pour un montant total de 5 millions d’euros. Un champ d’éoliennes d’une capacité de 82 mégawatts a été inauguré en mars. Un second doit suivre. En 2010, les énergies renouvelables ont fourni 5,4 % de la consommation finale. Plus du double qu’en 2005.

S. C.




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