La fin de la "guerre de la banane" : un coup dur pour les pays ACP

Si la fin de la guerre de la banane est plutôt une bonne nouvelle pour le consommateur européen, qui la paiera moins cher, l’annonce de la fin du plus vieux conflit commercial à l’OMC, est loin d’avoir remporté l’enthousiasme des pays ACP (Asie, Caraïbes, Pacifique).
C’est le cas, par exemple, de la Côte d’Ivoire, qui exporte 230 000 tonnes de bananes par an vers l’Union européenne. Pour M. Gnui, président de l’Organisation centrale des producteurs-exportateurs ivoiriens d’ananas et de bananas (Ocab), cet accord « instaure une concurrence supplémentaire et assez redoutable » pour l’Afrique.
En effet,l’accord signé à Genève le 15 décembre prévoit un abaissement des droits de douane de l’union européenne sur les bananes d’Amérique latine. De 176 euros actuellement, ils passeront à 114 euros d’ici 2017. En échange, les Etats-Unis, dont les multinationales contrôlent le commerce de ces bananes latino-américaines, s’engagent à ne plus poursuivre l’UE à l’OMC.
Afin de compenser le manque à gagner des pays ACP, qui exportaient jusque là leurs bananes vers l’UE sans payer de droits de douane, la Commission européenne a proposé qu’une aide « allant jusqu’à 200 millions d’euros » soit versée à ces pays, parmi lesquels on compte beaucoup d’anciennes colonies européennes et les DOM-TOM. Cette somme permettra-t-elle aux pays ACP de faire face à cette nouvelle concurrence ?
Selon une étude publiée par l’ONG International Centre for Trade and Sustainable Development (ICTSD), cet accord devrait entraîner une chute de 14 % des exportations des bananes ACP, tandis que les exportations des bananes d’Amérique latine devraient bondir de 17 %.
Du coup, les compagnies fruitières américaines se frottent les mains. Ed Loyd, un représentant de Chiquita, a ainsi confié au Wall Street Journal, que chaque baisse de 10 euros des droits de douanes européens rapporterait 12 millions de dollars à son entreprise.
Sophie Creusillet








