IDE : le premier investisseur étranger en France serait… la France

11/12/2009

Officiellement, tout va bien. Selon les chiffres de la CNUCED, publiés en janvier 2009, la France était en 2008, en termes d’investissements directs étrangers (IDE), au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis et prenait la première place en Europe. Une étude, publiée dans le Bulletin de la Banque de France n° 177, jette un pavé dans la marre.

Le point de départ de cette étude est simple : recalculer les IDE français entrants et sortants en se fondant sur la méthodologie préconisée par l’OCDE. Bruno Terrien, l’auteur de cette étude, justifie ainsi l’intérêt de cet exercice : « (…)la création d’entités à vocation spécifique (EVS), spécialisées dans le financement ou la centralisation de trésorerie au sein des groupes, conduit au développement considérable des prêts croisés intra-groupe et majore artificiellement les flux d’IDE entrants et sortants (…). C’est pourquoi l’OCDE recommande, dans la nouvelle édition de la Définition de référence des investissements directs internationaux (2008), de diffuser des données corrigées de ce type de mouvements. » Ces EVS sont très souvent implantés dans des paradis fiscaux.

Une fois les IDE recalculés, le résultat est saisissant. Les IDE français sortants en 2008 passent de 1003,8 milliards d’euros à 697,4 milliards d’euros. Soit une chute de 30 %. Du côté des IDE entrants, la baisse est de 43 %. Ils passent de 712,4 milliards d’euros à 406 milliards d’euros.

Autre surprise de cet exercice mathématique : la ventilation géographique des IDE. Il apparaît que le premier investisseur en France, n’est autre que la France elle-même avec 4,1 milliards d’euros, suivie de la Belgique (3,5 milliards d’euros) et des Etats-Unis (2,3 milliards d’euros). Explication de Bruno Terrien : « Si la France a été le premier investisseur ultime en France en 2008, c’est parce que des filiales non résidentes de groupes français ont effectué des investissements en capital social ou sous forme de bénéfices réinvestis dans leurs filiales françaises. » En revanche les IDE français sortants sont le fait d’entreprises françaises, les groupes étrangers n’occupant désormais qu’une place marginale.

 

Sophie Creusillet