La baisse des salaires réels dans le monde, un frein à la relance ?
« Les salaires réel du premier trimestre 2009 ont diminué dans plus de la moitié des 35 pays pour lesquels nous disposons de données récentes », souligne le Bureau international du travail (BIT) dans la réactualisation de son rapport mondial sur les salaires publié en 2008. Entre 2007 et 2008, sur un échantillon de 53 pays, le BIT a constaté une réduction de la croissance des salaires moyens, passant de 4,3 % à 1,4 %. Si une majorité de pays a continué, en 2008, d’afficher une croissance positive, bien qu’en net ralentissement, ce constat dissimule cependant des réalités différentes.
Ainsi, seuls le Brésil, le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni ont vu les salaires moyens légèrement augmenter, tandis les Etats-Unis, l’Autriche et le Costa Rica ont connu en 2008 une stagnation. Tous les autres pays composant le panel du BIT ont enregistré une baisse des salaires moyens : - 0,6 % en Allemagne, - 0,9 % au Japon, - 4,8 % en Islande, par exemple et, « record » de cette étude, - 15,5 % aux Seychelles. Cette tendance baissière est en grande partie imputable, récession oblige, à la réduction du temps de travail, qui est passé de 39 heures à 38,2 heures entre 2007 et 2008.
Ce constat soulève, selon Manuela Tomei, directrice du programme du BIT sur les conditions de travail et d’emploi, « de fortes interrogations quant à la véritable étendue du redressement économique, notamment si les gouvernements abandonnent trop tôt leurs plans de relance ». Cette baisse généralisée des salaires réels prive en effet les économies nationales de la demande nécessaire à leur redémarrage.
En outre, les analystes du BIT s’inquiètent de la forte augmentation des arriérés de salaire, soulignant que, dans les pays où ils ont déjà cours comme la Russie ou l’Ukraine, le phénomène risque de s’accentuer. Autre sujet de préoccupation : le mode de rémunération dans le secteur financier. Le rapport constate en effet que les bonus excessifs, déconnectés des performances réelles, ont contribué à la crise en « dénaturant le système des primes » et en « encourageant la prise de risque à court terme ».
Si certains types de rémunération dans le monde de la finance ont clairement « joué avec le feu », d’autres ont été utilisés par les gouvernements afin de contenir les effets sociaux de la crise. Ainsi, constate le BIT, sur les 86 pays disposant d’informations sur les salaires minimums, plus de la moitié les ont augmenté à un rythme supérieur à celui de l’inflation. « Les salaires minima, le dialogue social et la négociation collective constituent tous des moyens d’éviter une spirale déflationniste des salaires et ses répercussions sur la société », en déduit Manuela Tomei dans un communiqué.
Sophie Creusillet
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