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64.2 Guide du savoir-vivre : un fort sentiment national

Monde - Voyages d’affaires
64.2 Guide du savoir-vivre : un fort sentiment national
Les conflits naissant dans les États voisins - qui étaient parties intégrantes de l'ex-URSS - exacerbent le sentiment national. Les Russes admettent difficilement de ne plus appartenir à l'empire qu'ils furent jusqu'en 1991. Ce qui relève de la frustration est très présent dans l'inconscient collectif russe. Ce sentiment se complique de la conscience bien réelle de profondes inégalités sociales et d'un retard dans le domaine technologique. Il en résulte une relativisation de la notion de démocratie telle qu'elle est entendue dans les pays occidentaux. Les ONG sont sous surveillance et les manifestations de l'opposition mal tolérées. On parle ici d'une évolution « progressive et maîtrisée de la société ».
Population. 143,5 millions d'habitants.
Langues. Langue officielle, le russe s'impose tout naturellement, avec pour particularité un unilinguisme écrasant : 0,6 % de la population seulement est officiellement bilingue. Cette proportion s'étend toutefois à 1,5 % si l'on prend en compte les langues des républiques voisines (ukrainien, biélorusse, etc.). Seuls les milieux d'affaires pratiquent l'anglais et une infime proportion relevant d'une aristocratie cultivée peut faire usage du français.
Religions. La religion orthodoxe a acquis un statut ambigu depuis le changement de régime en 1991. Héritage du passé, une partie non négligeable de la population se revendique de l'agnosticisme, quand bien même près des trois quarts des Russes se disent orthodoxes. Si la séparation des églises et de l'État figure dans la nouvelle loi fédérale « sur la liberté de conscience et les associations religieuses », elle reconnaît le « rôle particulier de l'orthodoxie dans le développement de la nation russe et dans sa culture ». Mais elle mentionne le christianisme dans son ensemble, et non seulement l'orthodoxie en tant que « partie intégrante de l'héritage historique du peuple russe », au même titre que l'islam, le judaïsme et le bouddhisme.
Organisation politique. Le mode de scrutin est passé à la proportionnelle intégrale avec les élections législatives de 2007. Il en est résulté une domination à plus de 64 % du parti Russie unie (Iédinaïa Rossiïa) de Vladimir Poutine. Le parti communiste est arrivé deuxième avec un peu plus de 11 %. La grille des doctrines des partis est difficile à déchiffrer selon les normes occidentales. Les partis Russie unie et Iabloko peuvent être rangés au centre-droit libéral, le parti Libéral-démocrate de Russie (LDPR) dirigé par Vladimir Jirinovski est clairement nationaliste, sinon d'extrême-droite. En revanche, Russie juste, de centre-gauche, est proche du Kremlin. Trait commun à tous les partis, le nationalisme, exprimé avec plus ou moins d'impétuosité.
Les grands repères
> Littérature. On passera sur les grands classiques qui vont de Tolstoï à Pasternak. On surprendra en citant Ludmilla Oulitskaïa (Mensonge de femmes chez Gallimard) ou Alexandra Marinina, auteure de polars (dernier opus : L'illusion du péché chez Points Seuil).
> Cinema. Parmi les contemporains, l'inévitable Nikita Mikhalkov, réalisateur des Yeux noirs (1987) et de 12 (2007) ; Pavel Lounguine, réalisateur de Taxi Blues (1990) et de Lilacs (2007).
> Musique. La Russie regorge autant d'interprètes que de compositeurs. Parmi ces derniers, on citera Sergueï Prokofiev (décédé 50 minutes avant Staline), Dmitri Chostakovitch et, dans le registre de la musique sérielle, Alfred Schnittke.
Les journaux à lire
The Moscow Times, quotidien généraliste de haut de gamme ;
Kommersant, quotidien économique.
[ Le déjeuner ]
Version classique, il se décline en soupe-plat-dessert ou, occidentalisée, en entrée-plat-dessert. Mais, dans une version comme dans l'autre, il se prend à 13 heures, voire 14 heures.
[ Le dîner ]
La Russie s'occidentalise et la tradition d'hospitalité orientale qui ne se concevait qu'avec une invitation à dîner à domicile s'efface au profit du restaurant. Dans la première hypothèse, un petit cadeau, commun au couple ou des fleurs - en s'interdisant celles de couleur jaune - pour l'hôtesse s'imposent. Il faut s'attendre à ce que le cadeau soit refusé dans un premier temps, puis accepté une fois que l'on est assuré de sa modicité. La ponctualité préférée. La tenue se doit d'être de ville et il faut s'attendre à devoir chausser des patins. Dans l'hypothèse d'une invitation au restaurant, l'hôte paie toujours l'addition, à charge de revanche lorsqu'il se rendra en France. Dans les deux cas, il est conseillé de laisser quelques aliments sur son assiette pour manifester à la fois sa satiété et la générosité de l'hôte.
[ Les relations ]
La poignée de main est ferme avec les hommes et le regard franc. Il faut apprendre le décryptage de l'identité : le second prénom est celui du père auquel est ajouté « vich » ou « ovich » pour les hommes et « avna » ou « ovna » pour les femmes. On en vient très rapidement à l'usage des prénoms, sachant qu'ils s'utilisent conjointement : on saluera ainsi « Iossip Vissarionovich » ou « Nadejda Sergueïevna ». Une fois la relation établie, les salutations se font plus chaleureuses allant jusqu'à l'accolade. La ponctualité est une règle intangible.
[ Les sujets qui fâchent ]
Les Russes sont ouverts à tout sujet concernant la vie privée, qu'il s'agisse de la vie familiale ou des loisirs. Mais une démocratie est censée s'être installée au pouvoir en 1991. On évitera donc d'émettre toute réserve sur les atteintes aux droits de l'homme ou aux restrictions d'exercice imposées aux ONG. Deux faits sont indiscutables : l'orthodoxie est le fondement de la Russie et Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, est celui qui convient le mieux à la société russe contemporaine. Même les opposants en conviennent, du moins formellement.
Alain Bradfer








